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Né en 1954 à Trieste, Pino Roveredo ne prétend pas figurer comme un spécialiste des histoires d'amour, et encore moins des « feel good books » ! Son domaine de prédilection c'est plutôt l'hôpital psychiatrique, la prison, ou la drogue. Ainsi Caracreatura est l'histoire de la descente aux enfers d'une mère, Marina, et de son fils, Gianluca.

Roman d'une seule voix, celle de Marina, la mère aimante, sans restriction, quels que soient les torts de son fils chéri, Caracreatura, — la chère créature selon l'expression maternelle —, est un livre poignant sur l'amour maternel illimité confronté au drame de la drogue.

Marina a ajouté un mariage décevant à une enfance malheureuse. Ses espoirs s'envolent quand elle approche de la cinquantaine. Aux soucis que cause son fils, son « trésordenfant », quand il commence à se droguer, à manquer le lycée, à devenir pénible à supporter, s'ajoute rapidement la douleur du décès du mari, un homme dont la médiocrité et le quasi-mutisme n'ont jamais favorisé l'éducation de Gianluca, et dont la disparition laisse Mariana sans ressources.

Après avoir attiré l'attention de la police pour une affaire d'overdose et de coups et blessures, Gianluca se retrouve peu à peu embarqué dans un réseau de trafiquants. Quoi qu'il lui en coûte, Marina est disposée à tout pour sortir son fils de ses mauvais pas et prête à tout lui pardonner, et elle répète sans relâche son amour maternel.

Par moments la pression sur Marina devient trop forte. Elle renonce à toute vie sociale après le départ d'une jeune droguée amie de Gianluca qu'elle avait hébergée suite à une première incarcération de son fils ingrat. Marina alors se met furieusement à boire. Elle craque complètement quand Gianluca se retrouve devant la justice avec d'autres dealers, des barbares qui l'ont menacée physiquement et qu'elle a dû dénoncer quitte à ce que Gianluca paradoxalement la maudisse, elle qui entendait encore le sauver.

« Oui, j'en ai vraiment plein le cul de vous, espèce de saloperie de drogués de merde ! » ou encore : « Bordel ! Vous allez le comprendre que je ne voulais pas être une esclave ! Je n'en ai ni l'étoffe, ni le cœur, ni l'envie, mais surtout j'en ai rien à cirer de gagner une place au paradis ! Je veux juste savoir pourquoi, hein, pourquoi j'ai écopé de cet enfer.»

Assommée, Marina vit dans la douleur son enfer personnel. Le lecteur, assommé lui aussi par l'intensité du drame, imagine mal qu'une lueur d'espoir puisse surgir au bout des années de prison auxquelles Gianluca a été condamné. J'avoue que ce livre fort sombre exige quelque persévérance de la part du lecteur. On ne saurait mieux illustrer le drame de la drogue à l'échelle d'une famille.

• Pino Roveredo. Caracreatura. Traduit de l'italien par Dominique Vittoz. Albin Michel, coll. Les grandes traductions. 2010, 260 pages. (En illustration, couverture de l'édition Bompiani).

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE