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Les médias européens parlent volontiers de l’Amérique, mais, en réalité, « nous ne voulons pas la voir comme elle est ». Michel Floquet, ancien correspondant de TF1 outre-Atlantique, en dévoile le vrai visage, bien loin du « rêve américain » d’une terre de liberté. Au nom de la guerre contre le terrorisme, les USA deviennent un État de plus en plus autoritaire, voire totalitaire, non sans ressemblance avec le régime chinois. Voici l’Amérique au banc des prévenus : tout au long de  son réquisitoire, M. Floquet décline les nombreux chefs d’accusation de son procès. Dans ce pays où l’argent règne en maître, les inégalités s’aggravent, tout comme la violence policière, les incarcérations abusives, le racisme à l’égard des noirs et, plus récemment, des latinos.

L’individualisme et le matérialisme exacerbés, le refus assumé de vivre ensemble, induisent de continuelles tensions entre les communautés. La majorité des Américains semble avoir perdu le sens de l’humain, de la solidarité, voire toute conscience morale. L’inefficacité du politique, du FBI et de la CIA ont été à l’origine des attentats du 11 Septembre 2001 comme de la naissance de l’Etat Islamique. M. Floquet se fonde sur de nombreux témoignages et sur des sources vérifiées pour révéler l’actuelle déliquescence des USA.

On connaît l’insécurité alimentaire et les graves problème de santé qui affectent les Américains. On connaît moins l’aggravation du niveau d’injustice sociale, les super riches de plus en plus nombreux de même que les pauvres dont les pouvoirs publics se désintéressent car ce sont « ceux qui n’ont pas su ou pas voulu saisir leur chance ». Qui sont-ils ? Des victimes du surendettement, des étudiants, en raison du coût scandaleux des études universitaires — 10.000 dollars par an en faculté publique ! —, mais aussi des travailleurs pauvres — working poors —, salariés des fast-food sans protection sociale. Même s’ils ont un emploi, ces pauvres ne peuvent payer un loyer et résident dans des foyers pour SDF ; cette détresse sociale n’est pas sans rappeler celle des mingong — travailleurs migrants — de Pékin, dont parle P. Saint Paul dans Le peuple des rats.

Comme « Être riche est une vertu, être pauvre est une faute », l'Américain moyen les ignore et s’isole dans les exurbs, ces lotissements construits loin des villes, en pleine campagne. Dans ces ghettos, on vit entre soi, noirs, blancs ou latinos, selon son niveau de revenus et en évitant toute mixité sociale. L’indifférence à autrui caractérise les mentalités américaines. Chacun se méfie et appelle la police à tout propos (altercation avec un voisin, accrochage automobile sans recourir au constat à l’amiable etc...). On encourage, en outre, la délation car c’est « un réflexe civique » !!

Ce recours systématique à la loi renforce l’omniprésence et le pouvoir de la police : violente, raciste, elle incarcère au moindre prétexte, un adulte sur cent, pire qu’en Chine ! D’ailleurs on ignore le chiffre annuel de personnes tuées par les policiers, souvent des Noirs, à tel point que les parents éduquent leurs adolescents à ne pas se faire remarquer car ils seront toujours la proie de la police. C’est cette situation dramatique que dénonce T.N. Coates dans Une colère noire.

Nul n’ignore que l’Amérique est « un pays malade de ses armes » : 2400 personnes ayant un casier judiciaire ont quand même leur permis de port d’arme. Enfin l’État consacre la moitié de son budget à l’armée et l’Américain moyen la moitié de ses impôts. Néanmoins on maltraite les anciens combattants, souvent gravement malades ; beaucoup mettent fin à leurs jours. Mais le patriotisme américain considère que tomber au front transforme le soldat en héros, se suicider est une honte ! Pourtant toutes les guerres menées par l’Amérique depuis 1945 sont allées à l’échec ; pire, l’armée américaine à renvoyé sans soldes les militaires irakiens, qui « humiliés, forment aujourd’hui les cadres de l’Etat islamique qu’ils ont largement contribué à créer ».

Barack Obama n’a pas su sortir l’Amérique de l’ornière. Sans reprise économique depuis la récession de 2011, le fossé social ne cesse de se creuser, les tensions raciales de s’exacerber. Ce pays n’a jamais tiré les leçons de son passé esclavagiste et rejoue, au XXI° s., le scénario de la chasse aux communistes des années 1950 au nom de la chasse aux terroristes. L’Amérique dérive, nouveau radeau de la méduse, de plus en plus loin de ses idéaux fondateurs.

• Michel Floquet. Triste Amérique. Le vrai visage des États-Unis. Les Arènes, 2016, 233 pages.


 

Tag(s) : #ESSAIS, #ETATS-UNIS