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La lecture de ce livre autobiographique de G. Sapienza nous persuade qu'elle a vécu ce séjour en prison comme une expérience, non pas traumatisante, mais enrichissante et peut-être désirée. Cela se passe en 1980 alors que l'auteure n'est pas parvenue à faire publier en Italie L'art de la Joie, son livre majeur, et qu'elle se retrouve emprisonnée suite à un vol de bijoux.

Contrairement à d'autres témoignages sur la prison, on ne trouvera ici de la part de l'auteure ni essai critique sur le système carcéral, ni exposé critique du système judiciaire, ni enquête sociologique sur les prisonniers. Goliarda Sapienza ne dévoile en aucune façon les détails de son affaire judiciaire.

L'écrivaine qui a longtemps vécu pour le théâtre, installée à Rome pour cela dès l'âge de vingt ans, jouant notamment Pirandello, voit avant tout la vie à la Rebibbia comme le spectacle inédit d'une vaste représentation théâtrale, l'autre versant du livre constituant une sorte de nouvelle thérapie.

Sur la scène, outre les surveillantes, évolue la troupe féminine d'une tragi-comédie. Les personnages illustrent la diversité sociale ; le passage d'une cellule à une autre fait progresser l'action. Après les scènes de présentation — la cellule d'isolement, les confidences de Giovanella la toute jeune condamnée, la cour où les détenues vont à la promenade comme à la parade, pour s'afficher ou bronzer — viennent deux actes plus intenses avec changement de lieu c'est-à-dire de cellules collectives appelées ici “camerotti”. Annonciazione, une grosse femme au « rire trastevérien » et au grossier parler populaire, forme avec sa voisine de cellule la frêle Teresa, la « récidiviste », un premier repère pour la nouvelle détenue. Mais son langage soutenu, son allure et son habillement chic la rapprochent d'autres détenues plus cultivées, ainsi la change-t-on de cellule comme on change le décor entre deux tableaux. Avec Barbara, Ornella, Roberta, et Marcellà qui lit Le deuxième sexe, la conversation se fait autour d'une tasse de thé. Les coursives des étages, avec leurs grillages, fonctionnent comme une agora — cantine, rumeurs, manifestations, mouvements de foule — et Goliarda y apprend le spectacle de la société carcérale comme s'il s'agissait d'un cours d'université sur le théâtre, son domaine d'autrefois.

Sortir de là ! Tandis qu'Annonciazione annonce qu'elle est bientôt « sortante » puisqu'en fin de peine, Barbara s'ouvre les veines à la suite du coup de tonnerre dans ce monde féminin que constitue la survenue de quelques gardiens — hommes — pour la fouille de sa cellule. Certaines arrangent leur maquillage. Ils échappent de peu aux femmes surexcitées...

Mais Goliarda dans tout ça ? Elle écoute les discours des unes et des autres, confessions plus politiques de certaines, souvenirs de braquages ou de trafics de drogue pour d'autres, et aussi des mots de nostalgie, des regrets, des colères, des choses plus personnelles. Elle apparaît assez généralement comme une aînée qu'il faut — paradoxalement — initier. Et en même temps elle semble guérir du mal être qui l'avait conduite à Rebibbia.

• Goliarda Sapienza. L'Université de Rebibbia. Traduit par Nathalie Castagné. Le Tripode, 2013, 234 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE