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« En souvenir de moi », initialement publié avec « La Bellarosa Connection » et « Un Larcin », est précédé ici d'un avant-propos à la gloire de la brièveté : « Un sage japonais — j'oublie son nom — disait à ses disciples : “Écrivez aussi court que possible.” » Et en vérité Saul Bellow n'a pas outrepassé ce conseil dans ce récit de 65 petites pages !
Sous couvert de confier en héritage à son fils le souvenir d'une très vieille aventure personnelle et embarrassante, et qui pourrait constituer une leçon de vie, Louie le vieux narrateur emmène le lecteur dans le Chicago de 1933. Parti livrer des fleurs, Louie, alors dix-sept ans, décide avant de rentrer chez lui de passer saluer son beau-frère dentiste ; mais au lieu de cela il se retrouve dans un cabinet médical face à une jeune femme séduisante et toute nue. L'ayant raccompagnée chez elle, il se voit... détroussé : sans argent, sans vêtement, plus que les bottes. Il lui reste à chercher son beau-frère, s'habiller chaudement car c'est l'hiver, rentrer à la maison où l'attendent une mère malade et un père vindicatif, « intolérant et emporté ».
De pharmacie en speakeasy, toujours pas de beau-frère dentiste, mais un poivrot à raccompagner chez lui, comme s'il ne devait faire que ça ! L'histoire de Louie est une illustration cocasse de faits qui s'enchaînent en catastrophe, permettant à l'humour de prendre tous les droits — mais pas que. Ce récit miniature joue à se donner une allure de roman de formation express. En livrant les fleurs Louie fait face à la mort, en la personne d'une jeune personne décédée. Au cabinet médical il fait l'expérience du désir sexuel. Chez l'ivrogne, il se fait moquer par une fillette parce qu'il est vêtu en femme, en même temps qu'il se voit proposer de manger du porc lui qui est juif...
Bref, il faut apprendre à éviter et surmonter les obstacles que la vie sème sur la route de chacun. L'humour juif à la manière de Saul Bellow se veut mélange de gravité et de comique. Naturellement, le lecteur est censé rire de ces courtes aventures en cascade... Mais je ne garantis rien !
• Saul Bellow. En souvenir de moi. Traduit par P. Grandjouan. Plon, 1995, 94 pages.

Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS