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Fasciné par les Saint-Simoniens, et notamment par Frédéric Le Play, l'auteur suit leur influence en France après le double choc de la défaite de 1870 et de l'insurrection parisienne de 1871. La nouvelle République fut d'abord fragile et incertaine puis elle tarda à se préoccuper des questions sociales. Il fallut, pour pousser les gouvernements et les parlementaires à s'engager dans la réforme, l'initiative d'un réseau de personnalités relativement atypiques dont Émile Boutmy, fondateur de l'Ecole libre de Science Politique, fut l'un des initiateurs. François Leblond, qui s'est illustré dans la carrière préfectorale, a choisi de montrer l'influence de ce réseau conjuguant idéal libéral et idéal social. C'est ainsi que le “Musée social” né en 1893 suscita et accompagna de multiples projets sociaux jusque vers 1930.
Je dégagerai deux axes de lecture dans cet essai utile qui permet d'envisager autrement la III° République : une galerie de personnages d'élite à l'esprit libre, une série de projets dont la Grande Guerre suspendit un temps la réalisation.
Du personnel politique de la période on ne connaît trop souvent que les seules figures les plus marquées par les élans rhétoriques : Léon Gambetta, Jules Ferry, Georges Clemenceau, Jean Jaurès... Ce sont les grands noms mis en avant par les manuels scolaires. Ils forment un écran de fumée. Derrière eux, l'historien se plait à découvrir le « think tank » qui a véritablement inspiré le progrès social, loin des gesticulations des plus révolutionnaires et des des plus conservateurs. Transcendant l'opposition droite-gauche, Boutmy obtint « la participation de 25 parlementaires légitimistes, orléanistes, bonapartistes et républicains » pour créer et faire vivre Science Po. Parmi ses soutiens, Boutmy comptait de nombreux politiciens, chercheurs ou hommes d'affaires, citons Albert Sorel, Paul Leroy-Beaulieu, Clément Juglar, Aldebert de Chambrun, ou Émile Cheysson ancien directeur des usines du Creusot. Mais il fallait aller plus loin que la création d'une grande école à la barbe de l'université publique et figée.
Boutmy et ses supporters formèrent comme un réseau qui aboutit à la création du Musée social. Aldebert de Chambrun à qui on doit la formule « À moi les réformistes et nous vaincrons ! » finança au départ cette institution, présidée de 1895 à 1922 par Jules Siegfried. Cette organisation réunit des hommes soucieux de désamorcer les conflits ainsi Georges Picot, Robert Pinot, Alexandre Ribot, Léon Say, Jules Simon... Ils enquêtèrent avec Paul de Rousiers sur les trade-unions anglais, en évaluèrent la puissance qui permet le dialogue avec le patronat et relègue la grève comme usage de dernier recours. Ils militèrent en faveur de la mutualité, des retraites, de l'assurance contre les accidents du travail, de l'assurance maladie, vieillesse et invalidité. Aboutissement de leur effort, les lois Loucheur de 1928 et 1930 concrétisèrent ce que préconisait le Musée social depuis vingt ans. L'action de ce groupe de pression se focalisa aussi remarquablement sur le logement social, première des questions sociales selon Jules Siegfried. Celui-ci inspira en 1902 la première loi sur la santé publique alors que la tuberculose sévissait encore. Après la Grande Guerre qui aggrava la question du logement, la loi Cornudet de 1919 contraignit les villes à se soucier d'urbanisme. La démolition des fortifications parisiennes, la construction des HBM ou de cités-jardins — avec là encore en 1928 l'action de Louis Loucheur — dut finalement beaucoup aux hommes du Musée social.
Cet essai clair et aisé à lire montre tout l'intérêt que présente une bonne articulation entre les hommes politiques et la “société civile” pour désamorcer les conflits et redonner vie au progrès social.
• François Leblond. Le progrès social dans une démocratie libérale. Librinova, 2016. 88 pages. Bibliographie. [eBook].
 
 

 

Tag(s) : #HISTOIRE GENERALE, #IIIè République, #SOCIETE