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À la base de ce roman, sans doute y avait-il une idée possible pour de la littérature intéressante. Imaginer comment un été de vacances en Italie, l'année de ses 21 ans, allait constituer pour Keith Nearing la référence de toute sa vie, et l'explication de tous les échecs qui s'en suivraient. Mais le résultat littéraire est pathétique...

Voici donc Keith en vacances dans un château italien, une sorte de grande villa avec tourelles et piscine ; il s'y installe en couple avec Lily, pour vivre l'été 1970 au soleil, en compagnie de jeunes femmes qui s'ennuient à attendre, l'une le retour de Timmy, l'autre de Jorquil le propriétaire des lieux. Étudiant en lettres, Keith est attiré par la bibliothèque de la villa, très riche de romans anglais de Richardson et Fielding à D.H. Lawrence en passant par Jane Austen et les sœurs Brontë. « Keith avait parfois l'impression que le roman anglais, en tout cas pendant les deux ou trois premiers siècles, ne posait qu'une seule question. Chutera-t-elle ? Chutera-t-elle cette femme ? » Ébloui aussi au bord de la piscine par les seins nus de Shéhérazade, et les strings de Gloria, illustrations du contexte de libération des mœurs et de révolution sexuelle, Keith, très attentif aux mensurations des filles, conçoit entre deux lectures des infidélités à Lily. Il rêve de conquérir Shéhérazade puis Gloria tandis qu'un riche voisin, le comte Adriano, plutôt bout-en-train ce qui en fait le contraire de Keith, se prend pour un Dom Juan malgré sa taille modeste. Bref, on avait là assez de personnages pour un sujet possible.

Mais, pour combler le vide de l'intrigue, écho du vide de cette société, l'auteur croit utile de multiplier les personnages secondaires, — y compris une veuve enceinte —, parfois simplement réduits à un nom qui surgit de temps à autre, tandis que le roman n'avance pas vraiment, et que les vacances prennent fin : retour de Keith à Londres qui lui paraît vide. Et au bout de 450 pages, l'auteur nous annonce « le besoin de savoir ce qu'ils sont tous devenus ». Quelques dizaines de pages esquissent alors maladroitement et dans une confusion certaine les années qui passent. On voit donc vieillir Keith, son frère et sa sœur à la vie dissolue pendant que Gloria s'épuise dix vaines années durant à attendre en vain qu'un aristocrate l'épouse. De son côté Keith n'arrive pas à sortir du célibat, non pas faute de nouvelle Shéhérazade, plutôt à cause de ses propres déficiences, de sa propre vacuité. Et c'est finalement avec Gloria puis avec Lily qu'il tentera de donner une suite logique à ses vacances italiennes d'autrefois. Sans succès. Comme une génération perdue après des prémisses émoustillantes.

Martin Amis a la réputation d'être l'un des plus grands écrivains britanniques du moment. Je veux bien le croire. C'était sans doute une mauvaise idée d'aller à la découverte de son œuvre par ce roman un peu raté, plutôt mal écrit, encombré d'un fatras de détails, de vains bavardages, de personnages inutiles, et de surcroît totalement étranger à l'Italie.

• Martin Amis. La veuve enceinte. Traduit par Bernard Hoepffner. Gallimard, 2012, 536 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ANGLAISE