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Réalisateur de Miel de aranjas (2012) consacré au malaise de l'époque franquiste des années 50, Imanol Uribe reste un cinéaste soucieux de sujets où l'individu est confronté à la violence d'origine politique ou sociale. Quand un terroriste sort de prison parce qu'il a purgé sa peine, pourra-t-il se réinsérer dans la société ? Quand la victime croisera l'assassin au hasard de sa vie quotidienne comment devra-t-elle ou pourra-t-elle se comporter ? Pour ne pas rester dans l'abstraction rhétorique comme pour éviter de tomber dans le discours politicien, il y a justement le cinéma et Uribe propose habilement cette fiction où l'ancien terroriste et la fille de sa victime se croisent, se reconnaissent. Contre toute logique, après avoir tenté de l'assassiner pour se venger, elle le soigne clandestinement et va tisser des liens, une relation amoureuse même, avec celui fut le bourreau de son père. Cela conduit la presse locale à titrer à la une « Un cas de syndrome de Stockholm à Almeria ».
En effet ce film se passe en Espagne. Santi, l'exetarra sur la Côte basque repenti (Eduard Fernández), vient de passer vingt-cinq ans en prison — il bénéficie d'une libération anticipée en application de la « doctrine Parot » qui a provoqué quelque émotion ces dernières années en Espagne — et en se rendant au chevet d'un ancien compagnon de cellule à l'hôpital d'Almeria il croise Marina (Elena Anaya), médecin dans cette institution. Le voir libre est un choc, elle s'évanouit. Elle avait huit ans et se promenait avec son père quand il a été assassiné par un commando de l'ETA.
Sans rien en dire à son mari journaliste, Marina piste Santi, le localise dans une sorte de maison de pêcheur sur la côte. Un jour, avec le pistolet de son père, elle lui tire deux balles dans la poitrine et l'épaule mais se retient de l'achever. Elle quitte les lieux, mais sans doute parce qu'elle exerce la médecine et doit sauver les vies, elle revient sur la plage pour ramener Santi et le soigner, jour après jour, quitte à mentir à son mari et à ses collègues de l'hôpital. Peu à peu elle s'attache à cet homme. Alors que le mari a des soupçons et que la presse a eu vent de l'affaire une liaison brève, impossible et fatale, s'esquisse entre eux. Dans le plan final, la maison sur la côte vue de l'extérieur à la tombée du jour, deux coups de feu retentissent...
Voilà un film sobre, direct, qui donne à réfléchir sur un sujet qui est évidemment toujours d'actualité, avec de bons acteurs dans les deux rôles principaux. À voir.
Lejos del mar. Film d'Imanol Uribe. 2016, 1h 45. Extraits ici.

 

 

 

Tag(s) : #AU CINEMA, #ESPAGNE