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Il est écrivain. Il est musicien. Il a écrit ce livre magnifique qui emporte le lecteur jusqu'à la décennie précédant la Guerre de Sécession. Je veux parler de James McBride, né cent ans après les événements qu'il relate dans cette éblouissante fiction sur fond de vérité historique : L'Oiseau du Bon Dieu.
Au début de ce roman historique l'Echalote est un esclave de douze ans. Il cire les chaussures des clients de son père barbier à la taverne de Dutch Sherman, sur la piste de Californie, au sud du Kansas qui n'était encore qu'un Territoire de l'Union, pas encore un Etat. Soudain surgit un type louche, ridé, mal vêtu, les bottes trouées, qui cite la Bible plus ou moins de travers, provoque une rixe, tue accidentellement le père et libère le fils Henry que le vieux John Brown — car c'est lui qui est entré en scène — baptise l'Echalote et prend pour une fille, Henrietta, vu son accoutrement. Et c'est parti pour des centaines de pages d'aventures racontées par l'Echalote, et où s'opposent abolitionnistes et esclavagistes.
John Brown a eu deux femmes et une vingtaines d'enfants. Ses fils, quelques partisans et l'Echalote l'accompagnent dans ses actions d'agitateur abolitionniste et de rapines pour la bonne cause. Ils s'accommodent de ses discours prophétiques et de sa tendance à se lancer dans de longues prières même au cœur des batailles. On nage en plein western. La langue de l'Echalote est souvent truculente. Le garçon, qui passe toujours pour une fille, devient une sorte de confident du chef de bande, et de mascotte de la troupe. Une plume de pic-vert lui sert d'amulette : c'est l'oiseau du Bon Dieu.
Après une bataille où l'on croit mort John Brown, — mais l'Echalote sait que ce n'est pas vrai — le garçon toujours habillé en fille se retrouve kidnappé par un truand qui l'amène dans le Missouri, à Pikesville. Il est recueilli par une prostituée et sert de domestique au bordel dont la tenancière fait aussi du trafic d'esclaves. Durant ce séjour il est témoin de la préparation d'une insurrection qui se termine tragiquement par des pendaisons. Mais bientôt John Brown et sa troupe — « des cabochards et durs à cuire » —viennent libérer les autres esclaves et reprendre l'Echalote.
Se prenant pour l'envoyé de dieu sur terre, John Brown prépare alors une action d'envergure visant à mettre fin à l'esclavage : il prévoit de s'emparer de l'arsenal de Harpers Ferry et d'armer des Noirs... qui ne viendront pas. L'insurrection sanglante du 16 octobre 1859 se termine mal. John Brown est pendu le 2 décembre. Il est devenu un martyr et un mythe. Quant à l'Echalote, il fête symboliquement ses quinze ans le 1er janvier suivant, ayant échappé par miracle aux soldats du général Lee.
Au long de ce roman picaresque, le regard de l'Echalote nous permet de mieux saisir la société américaine du milieu du XIXe siècle, de rencontrer des militants de la cause noire, comme Frederick Douglass (plutôt moqué ici comme salonnard et discoureur) et Harriet Tubman (la figure de résistante intrépide qui en impose même à John Brown), et de voir l'importance du Chemin de Fer Clandestin, c'est-à-dire tout un réseau militant qui permettait d'exfiltrer des esclaves vers le Nord où ils devenaient des hommes libres. La fiction parfois permet parfois de mieux comprendre la réalité historique !
• James McBride. L'Oiseau du Bon Dieu. Traduit par François Happe. Gallmeister, 2015, 441 pages.
Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS, #HISTOIRE 1789-1900, #ETATS-UNIS