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  Dans ce roman Lídia Jorge associe l'histoire d'une famille, la passion d'une fille pour un père absent, et la malédiction d'un pays voué à l'émigration. Mais attention, l'histoire telle qu'elle nous est rapportée par la romancière n'a rien d'une relation linéaire.
Les Dias cultivent la terre en Algarve, près de Faro. Entouré de plusieurs fils, filles, gendres, belles-filles, Francisco Dias est un gros propriétaire pour qui ne compte que le labeur et l'augmentation du domaine. Alors que tous acceptent le pénible travail de la terre, Walter s'y refuse, il préfère dessiner et flâner. Le service militaire ne le changera pas ; durant ses permissions il s'échappe de la ferme pour dessiner les oiseaux et attirer les filles sur la couverture de soldat qu'il emporte dans sa carriole... Au lieu d'épouser Maria Ema qu'il a séduite, il s'embarque pour Goa alors colonie portugaise. Maria Ema est recueillie par le clan Dias pour servir d'épouse à Custódio l'aîné des fils qu'un pied-bot élimine de la course au mariage. Elle accouche d'une fille : Emma, la fille de Walter, même si officiellement il est son oncle, celui qu'on appelle « le bourlingueur » car après Goa, il se lance dans d'aventureux séjours aux quatre coins du monde, dont il envoie des dessins d'oiseaux — qu'Emma collectionne dans un album – plus que des commentaires de ses pérégrinations.
Quand, au terme de nombreuses promesses, Walter débarque du Canada en 1963, la situation n'est déjà plus la même à Valmares. Les uns après les autres, ses frères et sœurs ont émigré, cherchant fortune en Amérique, plutôt que de trimer sur des terres de moins en moins rentables. Walter se retrouve un peu gêné face à son père, face à Custódio, face à Maria Ema, face à Emma sa fille. Il conseille de vendre le domaine agricole pour que la famille se reconvertisse dans le tourisme sur le littoral proche. Il promène la famille dans une belle américaine jusqu'aux falaise de Sagres et après avoir empêché Maria Ema de se jeter dans le vide pour ensuite se jeter dans ses bras il ne lui reste qu'à repartir en Amérique afin que cesse le scandale dans la famille et que le village arrête de qualifier Custódio de « cornard ». C'est pendant ce séjour de trois mois que la fille rêveuse et passionnée a vu son père venir lui parler dans sa chambre et la bercer de promesses jusqu'à l'aube. Et elle de lui montrer le revolver qu'elle a conservé, caché, depuis qu'il n'est plus soldat. Cette scène revient comme un leitmotiv...
Désormais Emma ne rêve que du retour de Walter, de nouvelles nuits passées à bavarder de voyages, d'oiseaux et de terres lointaines. Mais le départ de Walter a précipité Maria Ema dans la dépression, ce qui a fait mûrir sa fille. Des années plus tard, en 1983, Emma retrouvera Walter échoué à l'autre bout du monde, mais le fil magique est rompu. Emma s'est émancipée de cette tutelle virtuelle, elle a connu d'autres hommes, elle lui jette ses vérités à la figure dans un bar de Buenos Aires. De Walter elle n'héritera que d'une couverture, celle-là même qui a accompagné durant des heures de guet ses dessins d'oiseaux, et peut-être des conquêtes féminines. La couverture qui donne son titre (français) au roman est donc à la fois l'alpha et oméga de la trame narrative conçue par une romancière qui ne déçoit pas son lecteur !
 
• Lídia Jorge. La couverture du soldat. Traduit par Geneviève Leibrich. Métailié, 2004, 201 pages. Titre original : O Vale da paixao (1998).

 

Tag(s) : #Littérature portugaise