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Au château des Murmures — deux siècles après les aventures d'Esclarmonde — arrive la jeune Blanche, promise à Aymon de Haute-Pierre dont la sœur Aiglantine l'est à Guillaume de Hautefeuille. Du haut de ses douze ans, Blanche a du tempérament : « Je suis Chardon, car mon esprit est si plein de piquants qu'aucune fille ne me cherche jamais noises ». Son père, grand séducteur, refusait qu'elle apprenne à lire et écrire mais dans sa future famille, maître Claude le lui apprendra alors qu'Aymon restera rétif aux travaux de l'esprit. Il préfère passer des heures à rêvasser dans les arbres ou à courir jusqu'à la rivière qui un jour l'emportera manquant de peu le noyer. Cette « terre qui penche » descend en effet, comme une fatalité, jusqu'au lit de la Loue, forte nature qui se change en torrent destructeur et qu'incarne la Vouivre, la Dame verte appelée ici Bérengère, génie de la rivière et amante oubliée du père de Blanche. L'intrigue a pour base de montrer comment et pourquoi Blanche et Aymon ne pourront vivre jusqu'à leurs noces, à l'inverse d'un conte qui se terminerait par la formule bien connue : ils se marièrent, furent heureux et eurent beaucoup d'enfants.

L'auteure connaît bien le tragique XIVe siècle — l'action se passe précisément en 1360 et 1361 — et nourrit le contexte de l'histoire de Blanche avec tous les traits incontournables du temps. Blanche est orpheline depuis qu'a sévi la Mâle Mort, cette Grande Peste qui a dépeuplé la région, risque de revenir, et entretient un climat marqué par la présence de la peur, du Diable et de la magie. Episode marquant de la Guerre de Cent ans, le traité de Brétigny a eu pour conséquence de transformer les soldats en routiers pillards et le chef d'une « grande compagnie » joue ainsi le rôle de génie du mal, opposé à Guillaume de Hautefeuille qui l'a vaincu au cours d'un tournoi grâce au terrible cheval Bouc prêté par Blanche. Diverses figures populaires, comme Eloi le jeune charpentier et Guillemette la cuisinière, complètent le tableau d'une société médiévale et rurale illustrée en même temps par des extraits de poésies et chansons anciennes et réarrangées qui parlent d'amour, bien sûr.

Le roman comporte une autre originalité, une double narration qui fait alterner des chapitres où l'on suit les aventures de « la petite fille » et ceux où l'on écoute les confidences de « la vieille âme » qu'elle devint. A l'usage, cet artifice n'est sans doute pas le meilleur du roman et la narration aurait pu s'en passer. Question de point de vue. Sans recourir au vieux français contrairement au Domaine des Murmures, ce roman est néanmoins d'une lecture attirante mais en deçà du précédent.

• Carole Martinez. La terre qui penche. Gallimard, 2015, 365 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE