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Dans la catégorie romanesque des retours du héros il y avait Le Colonel Chabert d'Honoré de Balzac et Le Retour de Martin Guerre de Natalie Zemon Davies. Ces retours faisaient des vagues, c'est le moins qu'on puisse dire. Dans l'Espagne assommée par la crise des années 2010, un fait divers tel que le retour d'une jeune femme disparue onze ans plus tôt va-t-il provoquer autre chose qu'une tempête dans un verre d'eau ?
Tecla Osorio était montée dans un bus de la ligne Buitrago–Medina del Campo et on ne l'avait plus revue. A l'époque, la petite ville fut sens dessus dessous. Enquêtes, affiches, battues : rien ne vint éclairer le mystère. Onze ans plus tard, voilà qu'un homme au nom prédestiné — Aparicio — passant en voiture devant ce même arrêt de bus la reconnaît à la descente du car, assez loin de la maison des Osorio. Rentré chez lui, Aparicio téléphone à la police. Tejero et Vasquez sont toujours de service, comme onze ans plus tôt, et avec leur nouveau chef Isidoro Robles les voilà partis pour interroger Tecla avant qu'elle n'arrive chez ses parents. Tel est le point de départ du roman.
Mercedes Deambrosis nous montre alors tous les intervenants possibles, vingt-quatre heures durant. Outre Aparicio et les policiers, les parents de Tecla, le frère et la sœur de Tecla, les amies de Tecla, tous cherchent à obtenir de la jeune femme une information. Que s'est-il passé ? A-t-elle souffert ? Comment est-elle revenue ? Etc. Mais leurs questions ne sont jamais assez insistantes et Tecla répond surtout par monosyllabes, par oui ou par non, comme si elle était absente, si bien que personne n'apprend rien et que chacun retombe dans un quotidien placé sous le signe de la crise. José et Amancia, les parents, économisent sur tout, sauf sur la télé qui déverse ses feuilletons sur un père alcoolique et une mère saturée de tâches domestiques. Le frère est simplement heureux d'avoir conservé son emploi au magasin de meubles fréquenté par « des rêveurs de lendemains » plus que des clients. La sœur est satisfaite de son intérieur coquet et ne veut pas être dérangée. Les policiers, eux, sont embarrassés quand leur jeune chef demande à consulter le dossier de Tecla Osorio, parce que ce dossier a été perdu ou qu'il n'existe pas. Rien ne change – sauf pour Gonzalo Montero qui avant d'épouser la fille du pharmacien aurait eu, selon la rumeur publique, une aventure avec Tecla.
Le mystère subsiste donc et on pourrait même dire qu'il s'épaissit à la fin de l'histoire. Les personnages ne peuvent livrer aucune révélation sur les raisons de la disparition de la fille Osorio ni de son retour. Le monde désenchanté de Mercedes Deambrosis résiste à l'explication. Jusqu'à la dernière page pourtant, le lecteur espère une révélation tant le suspense est bien construit !
• Mercedes Deambrosis. L'étrange apparition de Tecla Osorio. Editions des Busclats. 2014, 202 pages.
 
Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE