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“Le Pilote d'hydravion” de Jean-Emile Laboureur (1918) est une gravure sur bois. Voilà une technique pluri-séculaire au service d'un objet moderne comme les futuristes les aimaient. Je vous invite à faire la connaissance d'un plasticien qui a plus d'une corde à son arc...
 
  Les dessins, les gravures sur bois, ou au burin sur cuivre, les eaux-fortes, les esquisses sont, bien plus que les huiles sur toile, les spécialités d'un artiste que le Musée d'histoire de Nantes a honoré en 2015 avec l' exposition de ses Images de la Grande Guerre dont je propose ici un aperçu.
   Après des études de droit à Paris et des études de lettres en Allemagne, il avait rencontré Guillaume Apollinaire et Marie Laurencin à Paris en 1912. L'inspiration cubiste date du temps de ces rencontres. Et l'un de ses tableaux les plus célèbres, au Musée des Arts de Nantes, Le Café du Commerce, illustrait effectivement son inspiration cubiste dès 1913.
    On se plait à retrouver un peu de cette manière avant-gardiste dans ses dessins de guerre. Mais Laboureur n'a pas représenté de poilus dans les tranchées ni de combats sanglants. Il n'était pas en première ligne. Détaché comme interprète auprès de l'armée anglaise sur le front d'Artois en 1915-1917 puis auprès de l'armée américaine à Saint-Nazaire en 1917-1918, il représente volontiers des scènes de l'arrière. On lui doit ainsi la série de 1916 ”Dans les Flandres britanniques” puis celle de 1918 “Images de l'arrière”.
 
Des dessins préparatoires 
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“L'aéroplane pourchassé” (1916) survole un cantonnement de soldats britanniques. Pour sa nouveauté, il faut souligner ce thème de l'aviation (la première utilisation d'un avion sur un théâtre d'opérations ne remonte qu'à 1911 lors de l'intervention italienne en Libye). Sur ce dessin et sur le suivant, on reconnaît les Tommies à leurs casquettes plates et les Ecossais à leur tenue traditionnelle. L'enseigne d'un estaminet est aussi un motif répété qui figure dans de nombreuses compositions de 1916 et des années suivantes.
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   Dans cette “Fête nationale” (1916) scandée de drapeaux tricolores, les soldats anglais conversent avec des jeunes femmes françaises tandis que les Ecossais s'empressent vers l'estaminet.
 
Des gravures sur cuivre
  La technique de la gravure sur métal, tailles simples et non comme c'était la tradition la multiplication de tailles croisées, résulte à la fois d'un choix esthétique — la clarté du trait — et de la nécessité : « Toutes mes gravures du front, écrit-il en mai 1918, sont des gravures au burin exécutées directement sur cuivre, technique à laquelle j'ai été amené (et je m'en félicite car elle me convient très bien) par la nécessité d'avoir un matériel simplifié et aisément transportable ». Les photographes-reporters de guerre pensent sans doute ainsi...

   Dans ces scènes de l'arrière, les militaires sont en ville, vont dans les boutiques, fréquentent les cafés, font la fête ou s'occupent de leur courrier, ou tuent le temps.

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“La jolie marchande” (1916). Beurre, fromage, volailles : les militaires veulent sans doute améliorer l'ordinaire autant que tenter leur chance auprès de la jolie marchande.
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   Les Américains ont débarqué dans le port de Saint-Nazaire avec plusieurs milliers de “Dockers noirs” (1918). Les soldats afro-américains ne sont pas envoyés en première ligne. Ils sont utilisés aux humbles tâches de manutention comme le suggèrent les caisses du premier plan. Mais on peut rêver aux plaisirs de la permission.
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   Des soldats américains dans un café. Cette gravure de 1917 se place au tout début du débarquement.
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   “Le policeman américain” (1918. Ecomusée de Saint-Nazaire). Avec ce géant — comparé à la ménagère qui fait ses courses — l'ordre règne sans problème...

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   La gravure est simplement intitulée “Au balcon” (Ecomusée de Saint-Nazaire). Difficile d'éviter le thème du repos du guerrier...

 
Des gravures sur bois
 
   Comme Kate Kollwitz à la même époque en Allemagne, J.-E. Laboureur recourt à la gravure sur bois.
   Voici “Les Soldats à la gare” (1918). Des soldats français, comme en témoigne le barda du soldat assis qui fume la pipe et le casque de celui qui est debout de dos. A l'arrière-plan, panaches de fumée et wagons de chemin de fer. Au premier plan, simple silhouette d'un homme à contre-jour. Bientôt la Victoire et l'armistice.
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   Des soldats victorieux, des soldats en permission, les représentations n'en manquent pas. Mais Laboureur a aussi pensé à esquisser des prisonniers de guerre (d'où le sigle P.G. sur leurs vêtements).

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   “La lettre de l'Alabama”(1918) . On retrouve ici nos dockers. Comme pour tous les soldats, les nouvelles du pays sont précieuses. Les gravures sur bois de Jean-Emile Laboureur valent aussi pour d'autres distractions. Les soldats américains ont débarqué avec le jazz...
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“Le Gramophone” (1918). Laboureur représente des officiers réunis autour d'un gramophone : la disposition cubiste de la scène ajoute à la nouveauté des objets : les disques et le gramophone que l'on actionne à l'aide d'une manivelle...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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   “L'Apéritif de la garnison” (1918). Il y a foule au Café de Paris — c'est ce que l'on croit devoir lire.

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   Et pour finir : le “Stand de tir” (1918).

• Plus d'informations sur le site du Musée d'Histoire de Nantes. Voir aussi la page wikipedia consacrée à J.-E. Laboureur.

Tag(s) : #BEAUX ARTS, #HISTOIRE 1900 - 2000