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Ancien professeur dans divers lycées de Seine-Saint-Denis jusqu’en 2005, Fabien Truong a suivi depuis dix ans une vingtaine de ses anciens élèves qui ont tenté de réussir grâce à des études supérieures.

Au cours de libres entretiens ils lui ont raconté leurs difficultés comme leurs amours.  Idriss, Aysha, Lakhdar et les autres ont trouvé leur chemin et démontré que « des parcours de réussite improbable existent ». Pour ces bacheliers de ZEP, entreprendre des études supérieures à l’université, en IUT ou en grandes écoles, devenir « la minorité du meilleur », nécessite de se construire « un badge de dignité », d’outrepasser les « regards portés sur soi , d’affronter le stigmate territorial, le mépris de classe, l’illégitimité culturelle, le racisme et les phobies engendrées par la pratique de la religion musulmane ». Tous ont réussi grâce au soutien familial, aux groupes de pairs, aux petits jobs et à la religion, véritable force protectrice dans l’univers estudiantin.

Certains ont intégré une faculté de banlieue, d’autres ont franchi le périph’ pour étudier dans le « blanc Paris ». Ceux-ci ont su enfourcher « le cheval à bascule » : banlieusards à la fac et parisiens dans leur banlieue. Réussir des études supérieures exige, pour ces jeunes une véritable transformation de soi, l’adaptation à de nouveaux codes académiques, vestimentaires, culturels, beaucoup d’ascétisme et de patience.

Les études de licence ne satisfont guère certains, les cours déçoivent leurs attentes. Réussir en master en rassure d’autres, en leur donnant une perspective professionnelle.

Beaucoup ont choisi Bac+2, compromis entre l’école et l’entreprise, où les études sont plus encadrées qu’à l’université. Par ailleurs, intégrer une prépa à une grande école parisienne a un coût et même les excellents élèves n’y sont admis que selon les exigences de la « discrimination positive ». Reste les business schools, voie de salut dans l’esprit de beaucoup, mais également onéreuses. Ces jeunes y déplorent, en outre, la dévaluation du savoir et du travail intellectuel — « le contenu des cours c’est vraiment du flan ! » — Il suffit seulement d’avoir un bon réseau de contacts.

F. Truong estime que la réussite de ses anciens élèves n’a pas dépendu de leur seule « volonté », de leur « motivation » comme le répètent les « commentateurs de salon », mais des conditions socio-économiques et familiales. Néanmoins ces jeunes restent déçus, frustrés et l’auteur partage leur pessimisme : tous sont confrontés au « précariat » (sic) de l’emploi et le « réalisme économique » reste toujours plus fort que le savoir et le travail intellectuel. Ils voulaient réussir grâce à l’école, ils y sont parvenu contre elle.

L’enseignement supérieur peut beaucoup mieux faire en prenant davantage en considération ces « jeunesses françaises » : l’auteur sait en convaincre.

• Fabien Truong. Jeunesses françaises. Bac + 5 made in banlieue. Editions La Découverte. 2015, 282 pages.

 

 

Tag(s) : #EDUCATION, #ESSAIS, #SOCIETE