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Trop rare la littérature canadienne sur ce blog, je sais... Aussi est-ce avec plaisir que je souhaite rendre compte du roman de Jocelyne Saucier “Il pleuvait des oiseaux” initialement publié en 2011 chez l'éditeur montréalais XYZ et qui a été couronné de nombreux prix.

Le roman évoque un fait dramatique, les terribles Grands Feux des années 1911-1916 qui embrasèrent la forêt tant en Ontario, dans la région de Timmins, qu'au Québec dans la région d'Abiti-Témiscamingue où vit l'auteure. Des villages et des villes furent réduites en cendres, il y eut des centaines de morts. Et parmi les survivants, Ed ou Ted Boychuk, et quelques autres comme les jumelles Polson : c'est à leur recherche que s'est rendue une photographe qui gagnera dans l'aventure le surnom d'Ange-Aimée.

Si le vieux Ted est mort et enterré avant l'arrivée de la photographe, en revanche elle rencontre ses amis Tom et Charlie, vivant en ermites au fond des bois, et à peu près aussi âgés que n'était leur compère Ted. Lui, le mythique survivant des feux, est devenu peintre pour fixer sur la toile les images impossibles à oublier de la catastrophe, victimes carbonisées, et survivantes perdues de vue : les jumelles Polson en particulier. Pour identifier et comprendre ces nombreuses toiles, il fallut le hasard de l'arrivée impromptue de Marie-Desneige qu'un neveu charitable libéra d'un asile psychiatrique où elle avait passé soixante ans ! Une exposition réunirait à Toronto les meilleures toiles de Boychuk et les clichés de la photographe désolée de n'avoir pas fixé sur sa pellicule le portrait d'Angie, croisée en ville et centenaire.

Ce livre est une célébration de la forêt et de ses lacs en même temps qu'un magnifique récit entre mémoire et fiction. Charlie le vieil ermite réchappé des Grands Feux et Marie-Desneige rescapée de décennies de traitements psychiatriques vont vivre cachés une tardive histoire d'amour. Au fait pourquoi Ted, Tom et Charlie avaient-ils bâti leurs cabanes en forêt ? Pour être libres bien sûr, peut-être pour y mourir, pour vivre en trappeurs, mais aussi pour abriter des cultures illicites avec leurs jeunes complices Bruno et Steve le gérant de l'hôtel qu'un Libanais avait construit sur la foi d'un projet d'exploitation minière qui ne se fit pas, pas plus que Ted et Angie ne s'étaient retrouvés... Occasions manquées, personnes perdues de vue, le livre de la romancière acadienne ne vous épargnera pas une certaine mélancolie.

Jocelyne Saucier. Il pleuvait des oiseaux. Denoël, 2013, 202 pages.

 

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE CANADA