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Philosophe et sociologue, C. Sagaert entend montrer, en se fondant surtout sur la littérature, que rien n’a vraiment changé depuis l’Antiquité : aujourd’hui encore la femme doit toujours se conformer à ce que l’on attend d’elle et affronter le regard d’autrui qui la juge d’après son apparence. Comme la laideur dans les sociétés occidentales répond, de même que la beauté, à des normes variables selon les périodes, l’auteure en considère trois : de l’Antiquité à la Renaissance, l’époque moderne puis contemporaine.

Aristote et les Pères de l’Église considéraient la femme comme de la matière inachevée, faible, et ce corps toujours souffrant empêchait le développement des facultés intellectuelles, par opposition à l’homme, représentant de la forme et de l’esprit. La laideur féminine est donc alors ontologique, physique et morale. La femme devient alors l’allégorie du Mal, telles les sorcières.
Du 17° au 19° la perception sociale de la femme évolue. On ne considère plus sa laideur comme une fatalité mais comme la conséquence d’une mauvaise gestion de soi, un manque de décence, voire de moralité : la femme devient coupable et responsable de sa laideur. On y voit un signe d’insoumission à l’ordre social et familial qui lui impose beauté, docilité et vertu. Bonne épouse et bonne mère, elle doit rester à disposition des attentes masculines. Ainsi juge-t-on laides les célibataires, les homosexuelles, les intellectuelles comme les révolutionnaires et les féministes : toutes celles qui luttent pour se libérer du carcan imposé à leur sexe. Même si la laideur physique n’induit pas nécessairement la laideur morale, même si les ressources économiques pèsent –être belle a un coût–, on préfère le « sois belle et tais-toi ». L’auteure montre enfin qu’à notre époque la laideur reste handicapante ; on y voit un manque de respect d’autrui et de soi-même, une faute morale. Séduire, trouver un emploi, obtenir une promotion imposent de fréquenter les salons d’esthétique. Même la femme de couleur blanchit sa peau car le canon de la beauté féminine reste la pâleur occidentale. Seule exception, le contre modèle de l’anorexique qui « échappe à la fatalité du genre » par la force de sa détermination à maîtriser son corps, à vivre par l’esprit : sa beauté est intérieure.
Si l’on en croit C. Sagaert, en 2015 encore, être c’est paraître, selon le culte de l’apparence. On en déduit donc que seule la femme qui ne tient pas compte du jugement des autres conquiert sa liberté !
On apprend beaucoup en lisant cet ouvrage mais le plan choisi n’évite pas les répétitions et l’argumentaire de l’auteure peine à convaincre lorsqu’elle prétend qu’être jugée laide entraînerait une perte de confiance et d’estime de soi. Certes une adolescente peut en être affectée, et certaines professions imposent de suivre le diktat de la mode. Toutefois l’auteure semble oublier que l’essentiel reste de s’accepter telle que l’on est !
David Le Breton signe la préface, Georges Vigarello la postface, toutes deux fort élogieuses. De fait on retrouve sous la plume de C. Sagaert nombre de leurs analyses, ce qui ôte à cet essai de sa crédibilité.
Claudine Sagaert. Histoire de la laideur féminine. Imago, 2015, 260 pages.

 
 

 

Tag(s) : #ESSAIS, #SOCIETE, #ESTHETIQUE