Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« Ça devait être un matin comme les autres » et pourtant, le narrateur dont on ne connait pas le nom (comme dans Rendez-vous secret), découvre un matin que ses jambes sont couvertes d'une sorte de luzerne — alfalfa pour la traduction française). Au lieu de se rendre au bureau où son projet personnel se réduisait à ces deux mots « Cahier kangourou » il va consulter un dermatologue. Celui-ci s'avère peu empressé de se pencher sur son cas qui le fait vomir, et c'est parti pour un curieux road movie !

 

Le narrateur, allongé sur un brancard sophistiqué, quitte l'hôpital, erre dans la ville et tombe en panne devant un immeuble en construction : faut-il appeler les urgences, la police municipale où la fourrière s'interroge le chef de chantier. Après ce bref moment de comédie, le lit automobile se retrouve sur rails pour traverser un tunnel et puis errer sur les rives de la rivière Sai aux berges puantes fréquentées par des pêcheurs de seiche. Dans cet environnement sordide, digne des enfers et du Styx, on évoque un possible traitement thermal auquel le dermatologue aurait destiné l'homme aux jambes légumières. A l'occasion de l'achat d'un pantalon dans un grand magasin, notre homme qui a oublié son portefeuille au cabinet médical tombe miraculeusement sur l'infirmière de l'hôpital, et elle l'accompagne dans son errance ; il s'ensuit la rencontre de jeunes enfants qui interprètent des chants traditionnels funéraires et un court dialogue avec l'ombre de sa mère. Un chercheur américain qui fait une thèse sur les accidents confond la kinésithérapie avec le karaté le propulse brutalement à l'hôpital. Le roman se déroule désormais au milieu de malades en phase terminale ; certains évoquent l'euthanasie, d'autres pensent à s'enfuir.

 

L'auteur qui était sans doute déjà gravement malade quand il rédigeait ce roman — il est décédé l'année suivante — additionne les thématiques liées à la maladie, à l'hôpital, à la fin de vie, et aux enfers. Mais la façon dont c'est traité, et particulièrement l'absurdité de bien des épisodes, enlève quasiment tout intérêt au sujet, du moins est-ce ce que j'ai ressenti. Ni perspective humaniste ni ouverture philosophique : une lecture dispensable.

 

Abé Kôbô. Cahier kangourou. Traduit par René de Ceccaty et Ryôji Nakamura. Gallimard, coll. Du Monde Entier, 1995, 192 pages ; L'Imaginaire, 2003.

 

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE JAPON