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On connaît l'écrivain par ses pièces de théâtre qui lui ont valu le prix Nobel de littérature. Le premier roman de Dario Fo (né en 1926) constitue une belle surprise : un roman historique, illustré par l'auteur qui s'est inspiré de tableaux de la Renaissance. La couverture est ainsi une reprise du tableau de Bartolomeo Veneto.
Le titre ne cache pas un grand mystère : il s'agit de Lucrèce Borgia, fille du pape Alexandre VI. En 1833, la pièce de Victor Hugo avait connu un tel succès que Donizetti l'adapta pour l'opéra. Ces dernières années, Lucrèce Borgia est revenue sur des scènes françaises...
La réputation de la belle Lucrèce avait toujours été sulfureuse, à l'image de cette famille Borgia venue d'Espagne faire carrière dans la Rome pontificale du Quattrocento. Dario Fo rappelle comment Rodrigue Borgia devint cardinal. Comment sa maîtresse Vannozza Cattanei lui donna quatre enfants dont César et Lucrèce. Plus tard Rodrigue lui préféra la jeune Giulia Farnèse peu avant de devenir pape en 1492.
L'originalité de ce texte tient à la compréhension, à l'empathie même, que l'auteur éprouve pour son héroïne. Il tend à réhabiliter Lucrèce, à la présenter plutôt comme une victime des ambitions de son père et surtout de son frère César que comme une femme douteuse et dangereuse à fréquenter. Son premier mariage a été annulé avec le fallacieux prétexte de l'impuissance de Giovanni Sforza, le mari qu'elle n'aimait pas. Son second époux, le napolitain Alphonse d'Aragon fut assassiné par un homme de main de César Borgia ! Lui, elle l'adorait. Le pape lui en trouva un troisième, Alphonse encore mais d'Este et futur duc de Ferrare. Dans cette ville Lucrèce protégea les artistes et les humanistes : l'Arioste et surtout Pietro Bembo ont ainsi leur place dans le roman.
L'intérêt de ce livre ? Une lecture agréable, des anecdotes, des illustrations, et l'utilisation de publications récentes (cf. bibliographie). Certes rien là qui puisse augmenter la gloire nobélisée de Dario Fo, mais plutôt un texte susceptible de le faire un peu plus connaître du grand public. À condition d'avoir des connaissances de base sur l'Italie autour de 1500.
• Dario FO. La fille du pape. Traduit par Camille Paul. Grasset, 2015, 275 pages.
 
Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE, #RENAISSANCE