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Dix ans après La concession du téléphone, l'auteur sicilien en reprend la structure narrative faite de savoureux dossiers de courriers administratifs, de lettres privées, d'extraits de presse, de conversations privées et de dépêches télégraphiques. Une technique épatante pour se moquer de ses compatriotes, du fascisme matamore et de ses discours ampoulés.

 

Le roman repose sur une anecdote réelle trouvée dans un ouvrage d'histoire locale : dans les années 1929-1930, un neveu du Négus Haïlé Sélassié fréquenta effectivement l'Ecole des mines de Caltanissetta. L'imagination de Camilleri a fait le reste...

 

Entrons dans la fiction. À l'issue de ses études secondaires à Palerme, le prince éthiopien Grhané Solassié Mbssa, dix-neuf ans et physique avenant, décide de s'inscrire à l'École des mines de Vigàta. Point d'allure princière à la descente du train : le futur étudiant est en guenilles et sans un sou. Mais les ordres viennent d'en haut — entendez de Rome et jusqu'au Duce, soucieux de bien accueillir le neveu pour l'utiliser dans une négociation concernant la frontière litigieuse entre l'Ethiopie et la colonie italienne qu'est alors la Somalie. Et ces ordres incluent des libéralités financières croissantes, car le neveu est dépensier et plus rusé qu'on ne croyait. Jusqu'à paraître en costume fasciste.

 

Une maîtresse et puis deux, la fréquentation assidue du bordel et les esclandres au cercle de la noblesse : les exploits du prince donnent des sueurs froides aux autorités locales, soucieuses de ne pas ébruiter les scandales et de plaire en haut-lieu. Or, le neveu est aussi un sacré filou... De Vigàta à Montelusa, les autorités du Parti et de l'Etat risquent sanctions et mutations d'office.

 

Comme à son habitude, la traductrice Dominique Vittoz utilise çà et là du patois lyonnais pour rendre la langue de Camilleri quand son italien est mâtiné de dialecte sicilien et de patois. Un choix qui peut surprendre le lecteur... mais cela n'enlève rien à l'humour dévastateur de Camilleri. Exemples : détrancané pour détraqué, se bambaner pour flâner, etc. Voir le site « les mots lyonnais ». 

 

Andrea Camilleri. Le neveu du Négus. Fayard, 2013 (Sellerio, Palermo, 2010).

 

 

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE