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Un escroc peut-il tenir la promesse faite à contre-coeur à un ami mourant ? Mais oui ! pourvu que cela lui rapporte ! Yves Ravey se glisse dans la peau de ce WilliamBonnet pour nous faire vivre l’intrigue par ses yeux. L’originalité du roman ne tient pas à la situation narrative mais aux caractères des deux principaux personnages. Il aurait pu susciter empathie, rejet ou même sourire, mais il n’en est rien : l’auteur choisit l’écriture minimaliste, et accumule les détails dans de courtes phrases. S’il s’attache ainsi à l’insignifiant, c’est que pour William, dépourvu de toute échelle de valeurs, tout est également banal, le mal comme le bien. Seuls comptent l’argent ...et les filles.

Blessé sur une piste africaine, l’ami Louis agonise à l’hôpital militaire de Montauban. William est forcé de lui promettre de s’occuper de sa fille Mathilde qu’il a perdue de vue. Il sait seulement qu’elle exige de revoir son fils de cinq ans, Roméo, malgré l’interdiction du juge qui a placé l’enfant, après divorce des parents, chez Sheila Simonin. Le duo est savoureux ! William, ancien directeur financier des cycles Vernerey, vient d’être renvoyé pour « faute grave et escroquerie ». Mathilde, ancienne danseuse de boîte de nuit, sort de clinique psychiatrique : accro aux pharmacies, alcoolique et kleptomane. Entre crises de délire et vols de lingerie, elle attend tout de William auquel elle file mille euros pour frais de recherche !

Entré en contact avec Sheila, il oublie un soir son portefeuille chez elle ; pas de souci ! il retourne par effraction dans l’appartement et là, crac ! elle est nue avec Leduc, le patron de l’usine Rhône-Poulenc où travaille son mari, Anthony ! Hop !, William saisit l’appareil photo de Roméo et prend trois clichés des amants. Facile alors de faire chanter Sheila pour qu’elle accepte que Mathilde voie son fils et pour que William puisse subtiliser le cartable où Anthony conserve la caisse de solidarité des ouvriers en grève. La moitié de la somme qu’il doit à son employeur !

Mais ce serait sans compter avec un gendarme qui a remarqué l’étrange couple le premier soir sur le parking du motel, et sans M. Bardot, homme de main de Leduc qui file William depuis le début... C’est fou ce qu’il s’intéresse aux détails, ce William, au jean délavé de Sheila : manière de la draguer qui culmine avec le milk-shake très érogène à dix heures du mat'... On a compris, mais le récit reste si lisse, et sans relief, que le livre à peine refermé a déjà sombré dans l’oubli....

• Yves Ravey. La Fille de mon meilleur ami. Editions de Minuit, 2014, 155 pages.


 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE