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La guerre civile est terminée depuis des années mais le colonel n'a toujours pas touché la retraite qu'il mérite pour avoir été fidèle au parti révolutionnaire d'Aureliano Buendia (cf. “Cent ans de solitude”). Dans sa maison au bord du fleuve, dans cette bourgade éloignée de Macondo qu'il a quitté lors de « la fièvre de la banane », il survit très difficilement avec un coq et une femme maladive : rien à becqueter !

Leur fils a été tué il y a deux ans, leur laissant ce coq pour les combats qui passionnent les jeunes et les moins jeunes habitants du village. Mais pour l'heure, des mois avant la reprise des combats de coq, le colonel attend chaque vendredi l'arrivée du courrier qui lui accorderait sa pension. La réponse de l'employé de la poste ne varie pas : « Pas de lettre pour le colonel ». Le colonel vieillit et il a de plus en plus de mal à donner le change. Face aux déboires, à la faim, au chagrin, il n'y a que peu d'espoir. Les opposants politiques que le colonel fréquente doivent se montrer discrets. Face à la misère du colonel s'étale, insolente, la richesse toute neuve de don Sabas qui a fait fortune en s'emparant à prix cassé des biens des révolutionnaires vaincus. Ne serait-il pas plus simple de lui vendre le coq et d'en tirer un bon prix ? Toutefois le colonel ne semble pas s'y résoudre car le coq est sa fierté alors que tout fait de lui un être humilié.

C'est à Paris que García Márquez écrivit ce bref roman, en 1955, quand la fermeture d'El Espectador, le quotidien colombien qui l'employait, le laissa sans ressource. Le thème de la résistance au pouvoir corrompu trouve ici une petite place, à côté de la peinture des déconvenues du colonel. Loin du “réalisme magique” qui fera ultérieurement l'admiration des lecteurs et vaudra à García Márquez la récompense du prix Nobel, on trouve ici une écriture réaliste et dépouillée ; elle sert pourtant à merveille cette brève histoire.

• Gabriel García Márquez. Pas de lettre pour le colonel. Grasset, Les Cahiers Rouges, 2004, 127 pages. 

 

Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #COLOMBIE