Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« Moi, je n'ai pas été “bien élevé” ». Force de la nature, mais sans culture — d'où le titre — Germain Chazes est un célibataire pauvre et frustre qui vit de travaux d'intérim et habite dans une caravane Eriba au fond du jardin de la maison où vit sa mère avec qui il ne s'entend pas. Entre eux ni amour maternel ni amour filial. L'amour, Guillaume ne connaît pas ce sentiment. Même avec sa copine Annette qu'il ne rencontrait jusqu'à présent que par attirance physique. Mais les choses vont changer et il va aussi se prendre d'amitié pour Margueritte, une vieille dame cultivée, pensionnaire d'une maison de retraite, qui a pour habitude de venir lire sur un banc du parc municipal et, comme lui, y compter les pigeons.

D'un coup, la vie de Germain se transforme. Margueritte l'apprivoise : elle lui lit des passages de “La Peste” d'Albert Camus — « Albert, comme mon grand-père ! » — elle lui montre l'usage du dictionnaire et bientôt elle l'amène lui aussi à lire, lui qui n'a jamais eu de relations positives avec son instituteur, à oser se rendre à la bibliothèque municipale, et même envisager de faire à son tour la lecture à Margueritte dont la vue malade va disparaître. Ils sont devenus « complices ». Germain confesse sa vie ; le père disparu dès la grossesse de sa mère, l'école primaire ratée, le départ de la maison pour la caravane, la passion pour le jardinage...

Dans ce paisible roman qui chante l'amitié et la lecture, Germain ne manque pas de surprendre les habitués du bistrot chez Francine avec sa soudaine connaissance de Camus et du dictionnaire, ce qui contraste avec ses bourdes habituelles ! Il en résulte une savoureuse galerie de portraits autour du zinc ; ça sent la France profonde et la vie modeste d'une bourgade à l'ancienne. En somme une lecture qui procure un bonheur simple. On imagine aisément Gérard Depardieu dans le rôle de Germain Chazes : tel a d'ailleurs été le choix de Jean Becker pour l'adaptation de ce roman au cinéma.

Marie-Sabine Roger. La tête en friche. Editions du Rouergue, 2010, et J'ai lu, 2013, 250 pages.

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE