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L'auteur de “L'Invention de Morel” ne s'est pas contenté de ce livre-culte pour assurer sa célébrité. Dans un Buenos Aires réaliste quadrillé du noms de ses rues, se nouent et s'entre-mêlent deux intrigues. Isidro Vidal vit tant bien que mal avec son fils et le soir il rejoint le « café Canning de la place Las Heras » pour jouer aux cartes avec ses vieux potes : Nestor, Jimmy, Rey, Arévalo...

Cette vie calme est rompue par deux événements ; d'une part Isidro et la jeune Nélida tombent amoureux l'un de l'autre ; d'autre part des troubles éclatent et visent les gens âgés, sans que les autorités ne réagissent vraiment. Derrière ces troubles semble se cacher un agitateur nommé Arturo Farrell « chef secret des Jeunes Turcs, mouvement qui traversa comme une étoile filante notre longue nuit politique » — rien qui autorise vraiment la 4ème de couverture à en faire des faits précurseurs de la dictature qu'allait vivre l'Argentine dans un futur proche. Au fil des agressions et des disparitions tragiques, la peur s'installe chez Isidro comme chez ses amis, mais ces crimes ne paraissent pas tellement choquer le reste de la population, au contraire même dans certains cas ! Si bien que naissent des soupçons. Seule Nélida propose à Isidro une solution salutaire, alors que lui-même se met en danger par ses errances urbaines.

Comme une écriture très accessible caractérise ce roman, le lecteur s'aperçoit très vite que le scénario qui oppose jeunes et vieux n'est pas exploité pour développer une réflexion approfondie. L'auteur se contente de quelques indices : « Toutes ces folies, toutes ces monstruosités sont-elles autre chose que l'annonce de la fin du monde ? » — ou encore « Dans cette guerre, les jeunes tuent par haine des vieux qu'ils vont devenir. » Mais les réflexions du romancier s'arrêtent là, accompagnées de divers propos basiques sur la vieillesse. Donc pas de roman à thèse, mais juste quelques touches de fantastique émergeant de la routine du quotidien. 

Adolfo Bioy Casares. Journal de la guerre au cochon. Traduit par Françoise Rosset. Robert Laffont, 1969 et Pavillons poche, 2014, 285 pages. [On se demande ce que vient faire en couverture le montage du photographe Marcos Lopez représentant Carlos Gardel puisque ni Gardel ni le tango ne traversent ce roman.]

Tag(s) : #ARGENTINE