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Né à Wuhan il y a cinquante ans, le peintre Zeng Fanzhi est devenu célèbre en moins d'une décennie, en Chine comme dans le reste du monde. Outre cet Autoportrait en robe rouge et pieds nus, Zeng Fanzhi s'est aussi montré dans un portrait en pied, chaussé de bottes, au milieu de pastèques ouvertes, un foulard rouge noué autour du cou. 
 
 
Foulards rouges et masques
 
C'est un thème qui se retrouvent dans plusieurs œuvres comme The Last Supper  (2001). Ce tableau de grand format, pastichant le thème de La Cène cher à Léonard de Vinci, s'est vendu 23 M$ il y a quelque mois à Hong Kong. En ce début de 2014 le voici exposé au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, au milieu d'un riche aperçu des productions.
 
Avec ses 4 mètres de large, ce puissant tableau a converti le Christ et ses apôtres en Gardes Rouges — voyez leurs foulards de pionniers. Le Christ porte au bras gauche les trois barrettes, c'est le grade de capitaine ! L'un des apôtres arbore une cravate jaune orangé, on y verra bien sûr le traître, c'est Judas. Une cravate capitaliste et non le foulard du pionnier communiste... Sur les murs, les tapisseries se sont couvertes d'idéogrammes et le repas s'est changé en tranches de pastèque. Rouges au cœur, comme le régime fondé en 1949. Mais rouges aussi comme la chair et le sang.
 
 
 
 
Il est intéressant de rapprocher la Cène réinterprétée par Zeng Fanzhi d'une œuvre de 1996, Mask Series n°6. On y retrouve les foulards rouges, la disposition frontale des personnages alignés, et surtout les masques blancs qui les rendent anonymes malgré des tenues multicolores. 
 
Influences et citations
 
Riche d'expérimentations très différentes mais principalement figurative, l'œuvre de cet artiste semble effectuer de multiples emprunts à des œuvres occidentales. Avec le lièvre de Dürer, blotti au milieu des broussailles, Zeng Fanshi sait être très réaliste, alors que la série des Masques relève de la caricature ou s'inspire du Pop Art — d'où cet hommage à Andy Warhol qu'on identifie par sa chevelure blanche à côté d'un personnage qui est peut-être le peintre chinois. Derrière les deux hommes, le sillage de deux avions, d'où le titre "Fly"
 
 
Pourquoi ces masques cachent-ils des visages presque sanguinolents ? Pour ne pas perdre la face ? Au début de sa carrière, avant d'en venir au stratagème du masque, il s'était inspiré des peintres expressionnistes avec sa série des Hôpitaux, ainsi Hospital Triptych n°2 de 1992, ou encore de Soutine avec le portrait de cet homme mélancolique (A Man in Melancholy).
Mao et les illusions d'optique
 
Bien que devenu un artiste "mondialisé", Zeng Fanshi n'ignore pas son appartenance à la Chine. Il fait référence à Mao Zedong mais en utilisant des techniques originales. La silhouette du Grand Timonier se détache en surimpression sur fond de place Tien An Men :
 
Plus anciennement c'est un Triptyque qui a été construit avec la répétition de l'image de Mao. Le portrait n'est pas bien identifié si l'on reste très près du tableau, mais en prenant quelques mètres de recul, ou en utilisant le viseur d'un appareil photo, Mao est révélé. Je propose ici de partir du triptyque entier, puis de se rapprocher d'un élement du triptyque, et d'aller jusqu'au détail ce qui dévoile une technique originale : des tourbillons plutôt que des touches.
 
 
 
Les broussailles
 
 
Dans ses œuvres les plus récentes, Zeng Fanzhi a utilisé une autre technique, peignant au premier plan des branchages, des herbes, des broussailles, sans sujet humain. Effet "sauvage" assuré, dépaysement si l'on veut, surprise pour le visiteur car ce tableau est presque à l'entrée d'un exposition qui commence par les productions les plus actuelles.
 
Une œuvre pessimiste
 
Une telle exposition permet de constater l'aisance avec laquelle le peintre passe d'un style à un autre, presque toujours dans les grands formats. Ce savoir-faire semble mis au service d'une vision plutôt pessimiste du monde. Outre la série la plus ancienne, sur les Hôpitaux, dans lesquelles on peut imaginer une allusion aux massacres qui avaient eu lieu trois plus tôt, la série des Masques propose des visages cachés par des masques blancs, standardisés, regard figé, sourire conventionnel et crispé ou bouche fermée. Comme une impossibilité ou une interdiction de communiquer davantage. Cette absence de communication s'impose par d'autres voies dans les œuvres plus récentes : les broussailles comme des barreaux désignent un enfermement, dans la condition humaine, ou dans la société de son pays. 

 

ZENG Fanzhi à Paris

Tag(s) : #ARTS PLASTIQUES, #CHINE