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En famille ou à l'école, il est de bon ton de ne plus punir. Et même si la justice a substitué la pénologie à la criminologie, la seule incarcération vaut punition. Le philosophe Emmanuel Jaffelin s'insurge contre cet état d'esprit : « on ne sait plus punir, donc pas guérir ». Il croit à l'efficacité de la gifle, de la fessée ou de l'heure de colle administrées à bon escient ; quant à la prison notre société a oublié qu'elle n'a jamais eu jadis de vertu punitive en elle-même. Comme Diamond, il se réfère à l'exemple des sociétés non occidentales, Amérindiennes et Maoris. Elles ont à nous apprendre la juste manière de punir en amenant le fautif à retisser le lien social qu'il a rompu : cette réparation induit la réconciliation des parties et le pardon des victimes. Telle serait une justice humaniste.

Qu'est-ce que punir? Amener le fautif à réfléchir à son méfait. Si la banalité du mal analysée par Hannah Arendt persiste, c'est en raison du refus de la justice de « sonder les anfractuosités de l'âme » du prévenu. On a séparé le droit de la morale, on ne « pèse plus la faute », donc « l'acte de punir n'est pas pensé ». On réduit le détenu à un corps incarcéré sans se soucier de son psychisme, de sa subjectivité. Voleur, violeur ou assassin, « le tueur n'est pas un dur mais quelqu'un qui s'est durci faute de n'avoir pas été consolé ». La détention physique ne soigne ni ne punit mais isole et désocialise, générant frustrations et violences : on l'a transformée, selon Jaffelin, en serial killer. Il en va de même des peines de substitution —bracelet électronique ou TIG— : elles humanisent quelque peu l'incarcération mais ne font pas réfléchir les détenus sur leur faute.

En famille et à l'école, au nom de l'épanouissement de l'enfant, il est déconseillé de le punir. Or, ainsi impuni, il ne prend pas conscience des limites, des normes qui seules font sens pour l'aider à grandir ; devenu adulte il sera convaincu de son impunité. Selon le philosophe toute punition porte ses fruits si l'adulte la justifie à l'enfant et l'amène à réfléchir à son manquement.

Riche de références à de grands philosophes et sociologues tel Levi-Strauss, cet essai redonne du sens à la notion de responsabilité, individuelle et collective, trop effacée aujourd'hui sous « l'idéologie de la victimité » : « nos démocraties sont passées d'une conception du citoyen comme personne responsable à celle de victime potentielle ». Et se supposer victime dispense de se savoir responsable. L'exergue nous donne à méditer car si chacun connaît le proverbe « Qui aime bien châtie bien », on peut aussi affirmer que « l'enfer, c'est l'absence de punition ».

Emmanuel Jaffelin. Apologie de la punition. Plon, 2014, 299 pages. 

Tag(s) : #EDUCATION