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Ce mince roman cache l'émouvante histoire d'amour de deux jeunes danseurs d'une compagnie de province, vers 1976 et après. Elle, lui, on ne connaît pas les prénoms. Elle, un peu plus jeune, un peu plus grande. Lui, peut-être un peu trop petit pour son âge. Au fil des répétitions, face aux miroirs, leurs corps grandissent, changent, et naît une attirance sexuelle qui s'épanouit en une urgence de plus en plus difficilement contenue. La pulsion des corps s'exprime en effet difficilement dans cette société qui laisse peu de place à l'intimité, à l'affirmation de la sexualité. La Chine est alors très marquée par le contrôle collectif.

Au cours d'une tournée vers des villes du Sud, les passions se déchaînent, la nuit, au bord du fleuve. Entre les deux jeunes gens, la relation prend l'ampleur de l'amour indompté ou se transforme en déchaînement violent contre l'autre. Quand la tournée s'achève, au retour dans la petite ville, et renouvelant leur insatisfaction, le couple va se briser. La romancière étire ensuite la chute sur plusieurs années rapidement évoquées.

Outre la passion de deux corps, plus que de deux âmes, oscillant d'une phase plus tendre à une autre plus brutale, “Amour dans une petite ville” laisse une petite place à la description du cycle des saisons — sans oublier la petite ville :

« C'est une toute petite ville ceinte de plusieurs cours d'eau, avec une route étroite qui conduit à la voie ferrée. Son originalité lui vient de ses arbres. Sophoras, ormes et saules, peupliers, cédrèles et pêchers, pruniers, abricotiers, jujubiers et plaqueminiers lui font un cerne d'émeraude. Depuis les bateaux qui descendent le cours du fleuve, s'aperçoit au loin une oasis débordant de verdure. S'approchant, on distingue les maisons de briques grises à toits rouges. Encore plus près, on entend la mélopée sereine des porteurs d'eau.»

Une lecture facile. Une rédaction qui évite toute pornographie. Parfois quelque érotisme suggéré avec un art si subtil qu'il est presque difficile de croire au “scandale” que le livre aurait provoqué à sa parution en 1986 selon la 4e de couverture. 

WANG Anyi - Amour dans une petite ville. Traduit par Yvonne André. Picquier poche, 2010, 169 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE CHINE