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Peut-être ne sait-on pas que Medellin est le pays du tango plutôt que Buenos Aires... Pourtant, c'est bien là que Tulipa Dawn avait jadis brillé sur la piste du « rumbeadero » au bras de Guillermo Gaudi au temps du boom du café. Un demi-siècle plus tard, les voici devenus des modèles pour les nostalgiques. Mais pourquoi s'appesantir sur le tango ?

Dans ce roman irrésistible qui rend euphorique, Jerome Charyn emmène plus souvent le lecteur au pays de Garcia Marquez et du “réalisme magique” qu'à Nueva York chez les gringos. Un pays perdu — la Colombie donc— va se transformer au terme des 250 pages en un pays presque heureux par l'action conjuguée d'un trafiquant de drogue repenti et d'un service secret états-unien. C'est dire à quel point nous serons transportés au pays des merveilles !!!

Dans la ville de Medellin, les enfants des rues organisés en bandes sèment la terreur. Les chefs militaires factieux ont organisés des escadrons de la mort. Le président Bailen, célèbre romancier —« le Faulkner d'Amérique du Sud »—, risque sans cesse d'être tué. Des bombes explosent partout où il passe et terrorisent les ministères de Bogota. Une guérilla sévit dans les provinces mélangeant la révolution et la coca. Bref, c'est l'enfer. Et Ruben a réussi à y survivre malgré les menaces de Muzo le super-flic de la « Seguridad » et de Magallon le Danseur qui aspire à prendre la tête du cartel.

Héroïque, ce Don Ruben. Il a été un gosse des rues avant de devenir le chef d'un cartel de la drogue, et le milliardaire possiblement amoureux d'une vague cousine et amie d'enfance. Malheureusement la belle Yolanda Ramirez, impliquée dans un hold-up raté, croupit dans une prison yankee et « Les lesbiennes ne lui laissaient aucun répit » affirme trois fois de suite l'incipit. Mais il ne faut pas désespérer : à Washington D.C. un faux conférencier universitaire, Melvin P. Sparks, est le chef opérationnel des « Commandos chrétiens » et il refuse de voir l'Amazonie peu à peu détruite par les raids incendiaires contre les laboratoires du cartel de Medellin. Sans compter que le pays est abominablement ravagé par les chercheurs d'or qui empoisonnent les fleuves au mercure, ajouteraient Ruben et « Los Verdes » le parti qu'il a fondé avec Bailen. Cette officine va sortir Yolanda de prison, l'entraîner à un stage commando, et se servir d'elle pour contacter Ruben : Sparks et Yolanda —réputée « la novia del Presidente »— partent en mission pour la Colombie avec la bénédiction de la Maison Blanche... Entre autres exploits, Ruben deviendra ministre, enverra les enfants des rues à l'école, et sauvera la forêt amazonienne du côté de Leticia. Cependant, il faudra lire jusqu'à la dernière page pour connaître l'identité de celui dont le titre évoque la fin tragique.

Jerome Charyn est bien connu pour provoquer des avalanches de métaphores et d'argot juif new-yorkais. Rien de çà dans cette rocambolesque aventure dans la folie du monde latino ! Ici, l'overdose ne concerne que les mots espagnols : « burro, bruja, novia, putas, niños, hermano, criollo, pelicula, pistoleros, rumbeadero… » Il faut se précipiter sur ce roman exceptionnel qui associe thriller, conte de fées et cours d'espagnol !

Jerome Charyn – Mort d'un roi du tango. Traduit par Marc Chénetier. Mercure de France, 1998, 256 pages.

Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS