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L'acteur Yankel Rabinowitz s'est retiré de la scène avant 1940. Il a joué dans des comédies burlesques. Sa vocation pour le spectacle est née quand il avait dix ou douze ans. « En 1911, quand Yudel Yobelkoff a fait venir les acteurs yiddish d'Odessa pour un spectacle exclusif au National Theatre, d'East Broadway au Bowery, on n'entendait que son nom Yobelkoff ! Il avait apporté son droshky personnel, [une sorte de fiacre] dans lequel il se promenait à travers tout le quartier, en compagnie de trois ou quatre de ses comédiens en train de jouer une scène d'une des pièces de leur répertoire… »

Yankel habite dans un vieil immeuble que son propriétaire destine à la démolition pour le remplacer par une tour de 19 étages. Il faut reloger Yankel mais aussi Mendele le vieux marchand ambulant, Tillie l'ancienne danseuse, Fishbein l'ancien truand et « le plus grand gangster de tout l'East Side », etc. En face, chez Schimmel, la cafeteria est le rendez-vous des mécontents avec ses joueurs de pinochle et ses habitués comme Pincus, ancien critique, connu pour raconter les histoires dont les héros sont Pouchkine, Lermontov ou Tourgueniev. On déguste le bortsch et on le fait passer à coups de kvass. Aux évocations des spectacles anciens comme les “Folies de Broadway” s'entre-mêlent celles des bonnes fortunes de Yankel et d'anciennes jalousies : Pincus et Yankel se sont fâchés à cause d'une jolie fille. Pour compliquer les choses, Irving le fils de Yankel est l'avocat du propriétaire et son intérêt s'oppose à celui de son père ; et ce n'est pas tout : Irving se présente aux élections et compte bien que son père le soutiendra ! Pour couronner le tout, Farbstein, qui veut aussi s'approprier la cafeteria, expédie Fishbein en prison faute de payer 1500 $ de caution. Ensuite ? Et bien, je ne dirai rien de la fin car il n'est pas sûr que l'auteur en ait rédigé une !

Premier roman de Jerome Charyn, “Il était une fois un droshky” (1964) aurait aussi bien pu être le dernier sans le soutien d'Isaac Bashevis Singer. L'intrigue est moins convaincante que la pittoresque galerie de personnages du milieu qu'il dépeint : vieux juifs de Manhattan ou du Bronx — d'où l'emploi fréquent de termes yiddish pour donner de la couleur locale à ce drolatique roman où l'on se traite de schnorrer ou de schlemil. Pour amateurs de culture yiddish, de Scholem Aleichem et de... Jew York.

Jerome Charyn – Il était une fois un droshky. Traduit par Marie-Pierre Bay. Denoël, 1996, 259 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS