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Qui se souvient aujourd'hui de ces Français initiateurs des échanges franco-chinois alors que l'on célébrera prochainement les cinquante ans de la reconnaissance par la France de la République Populaire? Christine Lang rend hommage à ces missionnaires, militaires et aventuriers qui, dès 1740 et jusqu'à la moitié du XX°siècle ont été envoyés ou sont partis d'eux-mêmes explorer l'Empire du Milieu. Si certains sont connus —comme Alexandra David-Neel, première femme à entrer à Lhassa, Teilhard de Chardin, jésuite et paléontologue, ou encore Albert Londres grand reporter éliminé pour avoir découvert dans les années 30 le trafic d'opium dans la colonie de Shanghai—, d'autres, tout aussi remarquables, sont tombés dans l'oubli. Tous ces femmes et ces hommes connaissaient le mandarin et avaient compris l'état d'esprit chinois. Tous furent des humanistes au caractère bien trempé; beaucoup ont bénéficié d'heureuses rencontres, signes de leur destin car il n'y a pas de hasard. Ils ont "laissé une empreinte dans le limon chinois" et ont "contribué au rayonnement de la France", ainsi que le souligne dans la préface Claude Jaeck, délégué général du "Souvenir Français de Chine". Grâce à eux le président De Gaulle pouvait pressentir, dès 1965, l'éveil de la Chine "pour repétrir l'univers" et Malraux pouvait prophétiser : "Trois siècles d'ardeur européenne s'estompent, tandis que l'ère chinoise commence".

Christine Leang rappelle l'histoire violente de la Chine et ses relations souvent tendues avec la France jusqu'à la proclamation, en 1949, de la République Populaire de Chine et l'expulsion de tous les Français. Elle met en regard l'histoire de la France, surtout à la fin du XIX° siècle où elle peine à s'imposer dans le domaine économique face à l'Angleterre; depuis la concession de Shanghai, de 1849 à 1946, la France privilégie le développement d'une politique culturelle, certaine d'avoir une mission civilisatrice à accomplir et convaincue que "le commerce suit la langue".

On apprend ainsi qu'en 1903 le Ministre de France à Pékin, Auguste Boppe, fonde à Pékin, avec le docteur Bussière et d'éminents mandarins la première université franco-chinoise baptisée "Aurore" et envoie des étudiants chinois en France "pour fusionner le génie de l'Orient et de l'Occident". Autour de 1900, l'Europe découvre la Chine grâce aux séquences cinématographiques du consul Auguste François révélant le quotidien misérable des populations rurales du sud et aux nombreux clichés pris par les participants de la Croisière Jaune. En 1908, la Chine médiévale apparaît grâce aux rouleaux de "la grotte des mille bouddhas" mis au jour par le diplomate et explorateur Paul Pelliot.

Sait-on que l'on doit au docteur Yersin, à Hong-Kong en 1894, la découverte de la bactérie responsable de la peste, à Edith Mankiewicz, le vaccin contre la rougeole, à Georges Soulié de Morant l'introduction de l'acupuncture dans la médecine européenne?

On ne mentionne ici que quelques unes de ces personnalités admirables. Chacun s'enrichira à la lecture de cet ouvrage; C. Leang sait mettre en lumière les affinités anciennes entre intellectuels français et chinois, leur commun désir de s'ouvrir à la culture et au mode de pensée de l'autre; et c'est ce détour par une autre civilisation qui permettra à l'Occident , comme aime à le rappeler le sinologue François Jullien, de mieux se mettre en question.

Christine Leang. Embarquement pour la Chine. Histoires et destinées françaises dans l'Empire du Milieu. Editions Pacifica, 2013, 283 pages.

Consulter la table des matières et lire un extrait.

Tag(s) : #CHINE, #HISTOIRE GENERALE