Ethnopsychiatre polynésienne d'origine "demie" — métisse — Simone Grand a largement enquêté en 2000 à Tahiti, à Hawaï et en Nouvelle-Zélande sur la pratique des soins traditionnels. Cet ouvrage présente de nombreux témoignages de soigneurs, de patients, ainsi que des interviews de médecins scientifiques. En insistant sur la différence de statut des guérisseurs de Tahiti — les tahu'a — l'auteur révèle le traumatisme culturel dont beaucoup d'indigènes souffrent encore. Les diverses difficultés que Simone Grand a dû surmonter auprès des instances locales, tant politiques que médicales, pour obtenir l'autorisation de mener son enquête, montrent à quel point l'évocation de la culture polynésienne ancestrale reste taboue dans les Îles du Vent.
• Toute la Polynésie a subi le traumatisme du « Contact » — de la colonisation et de la christianisation ;
néanmoins, à Hawaï comme à Auckland, il n'a pas entraîné l'annihilation de l'histoire antérieure. Les tradipraticiens — le tohunga hawaïen et le
kahuna néo-zélandais — y jouissent d'un statut reconnu et les médecins scientifiques maoris s'appuient sur leurs pratiques : ils sont devenus
ethnopsychiatres. À Tahiti, à l'inverse, Simone Grand s'est heurtée à la grande rigidité mentale du corps médical.
Cet état de fait remonte au début du XIX° siècle : les missionnaires protestants ont convaincu les Tahitiens survivants des
maladies apportées par les Blancs que leurs ancêtres étaient de "faux dieux". «Les Blancs nous ont fait du bien, ils nous ont apporté Dieu» déclarait une vieille femme en 2001. En
jetant l'opprobre sur leurs origines, l'Église évangélique a contraint les Tahitiens à les renier ; en les persuadant qu'ils doivent au seul christianisme leur statut d'êtres humains — et non
plus de "sauvages" — elle entretient encore au XXI° siècle dans les esprits la honte et de déni de leur histoire avant le Contact. Les politiques participent aussi à cette occultation. Jadis
colonialiste, Dieu a rallié le parti indépendantiste qui fit suspendre, en 2004, un crucifix dans la salle de l'assemblée du peuple. Tout militant se présente d'abord comme un "chrétien" et les
"masseurs évangélistes exorcistes" détruisent les pierres et sculptures de la civilisation polynésienne. Alors que les Chinois se revendiquent sans dilemme à la fois catholiques et bouddhistes,
les Tahitiens ne peuvent syncrétiser le protestantisme et leurs divinités. Ils demeurent des déracinés sur place.
• La fréquentation des guérisseurs reste le dernier contact possible – et nécessaire – avec leurs origines –
car le mode de pensée des Tahitiens diffère de la rationalité occidentale : ils ne dissocient pas le naturel du surnaturel. Au quotidien, chacun « voit des choses », des signes des esprits. De
plus la conception polynésienne de la maladie l'interprète comme une rupture entre l'homme et lui-même, ou entre l'homme et le monde. Cette conception holistique rejoint celle de l'homéopathie
et de l'ethnopsychiatrie : pour soigner un malade, il faut prendre en compte son histoire personnelle et culturelle, non pas seulement ses symptômes.
Les tradipraticiens ont cette écoute. Ceux que Simone Grand a rencontrés se sont paradoxalement présentés à la fois comme
"chrétiens" et comme destinés aux soins par don d'héritage ; c'est leur devoir de l'assumer. Le don de soin – pour un contre-don en nature – est né de la situation d'exclusion des soins qui
frappait la majorité des indigènes tahitiens au début du Contact, et de l'incompétence des médecins blancs d'alors.
La plupart des tradipatriciens se réfèrent à la classification des maladies élaborée par Tiurai, guérisseur
et voyant reconnu, qui vécut à Tahiti de 1835 à 1918 (photo de couverture). Il proposait au marché de
Papeete plantes, décoctions, massages pour les maladies du corps, de la pensée (concentration) et de l'esprit du patient (anomie - dépression). Ces deux dernières, conséquences de
l'asservissement colonial, perdurent aujourd'hui. Bien des Tahitiens souffrent d'un déficit de « mana » – d'énergie – d'une incapacité de
résilience face aux soucis de la vie. Tiurai soignait enfin la maladie de l'esprit des défunts (celle qui "colle" au patient victime d'un sort jeté). Il recourait alors aux rituels de la magie
pour libérer le possédé. De même, l'irrespect des lieux sacrés – marae – ou des objets cultuels – tiki – provoquait, et provoque encore, la maladie.
Simone Grand rapporte le cas d'une agricultrice de Moorea. En 1980, on exhuma un tiki dans son champ; elle l'y laissa au soleil. Le soir venu son visage se boursoufla. Le guérisseur comprit en voyant sa ressemblance avec une tête de tiki.
La femme fit mettre à l'ombre la statuette déterrée : son visage redevint normal. Le tiki avait souffert d'abandon humiliant. Même loin de Tahiti ces objets gardent leur mana. Ainsi a-t-on
raconté à l'auteur la mésaventure de bourgeois parisiens en vacances sur l'île dans les années 2000. Ils ramenèrent un tiki et l'installèrent dans leur serre à Paris. Mais survinrent accidents
et maladie dans leur famille. Une amie tahitienne leur conseilla de ne pas mettre la statue à l'écart et de la saluer chaque jour. Ainsi fut fait et les soucis de santé disparurent. Le tiki ne
supportait pas la solitude.
• Dans cet ouvrage Simone Grand révèle la souffrance psychique de nombreux Tahitiens, aujourd'hui encore
contraints par l'Église protestante au reniement de leur culture ancestrale, déclarée honteuse, mais essentielle à leur équilibre vital. On comprend mieux ainsi le fiu – ce sentiment d'intense fatigue, de mal être splénétique que tous les Tahitiens connaissent et prennent au sérieux. Cette brutale perte d'énergie
survient soudainement et pousse à cesser toute activité. Ce "coup de blues", que les mauvaises langues prétendent soluble dans la bière locale – la hinano – n'a rien d'une passivité fataliste. C'est un retour du refoulé, du traumatisme culturel, des origines devenues taboues. La situation évolue quelque
peu : depuis 2005 le ministère tahitien de la Santé reconnaît les tradipraticiens ; sous l'impulsion des néo-zélandais on revalorise à Tahiti la connaissance du tatouage et la pratique du
haka – la danse guerrière. L'enjeu essentiel n'est pas touristique, les Maoris d'Auckland lèvent peu à peu l'interdit qui pèse sur l'âme sœur
tahitienne.
Simone GRAND
Tahu'a, tohunga, kahuna.
Le monde polynésien des soins traditionnels
Au Vent des Îles, Tahiti, 2007, 354 pages.
*
Peu édité en France ("Seins", "La Femme d'Ambre"…) Ramon Gomez de la Serna (Madrid 1888 - Buenos Aires 1963) est connu pour ses "greguerias", métaphores audacieuses et/ou perles humoristiques, dont il publia des volumes entiers. Dans cet exquis roman de 1932, «Polycéphale et Madame», les "greguerias" avancent masquées, camouflées dans le récit. Vite un exemple : «Je trouve qu'il y a quelque chose de criminel à arracher les coraux à la mer. C'est comme si on lui arrachait les cheveux et le cœur.»
Un Argentin mythique
Il était une fois un Argentin typique du nom de Perfecto. C'est un sang mêlé, un fils de Buenos Aires, cette métropole qui
«s'éparpille à travers la campagne avec un goût particulier pour toutes les directions.» À peine a-t-il épousé la riche Edma qu'ils vont en Europe dépenser sans compter. Non pour s'énivrer des
plaisirs des capitales, mais pour guérir leur âme composite. On dit souvent des Argentins qu'ils sont des Italiens qui parlent espagnol et rêvent d'être Anglais. Mais c'est bien plus complexe :
les ancêtres de Perfecto et d'Edma sont aussi russes, irlandais, vénitien, chinois, etc. Après une visite éclair à l'aristocratie madrilène déconfite, c'est à Paris que le couple s'installe, quai
Voltaire.
L'auteur déroule sous nos yeux un panorama de la vie parisienne des Années Folles : tango, portrait d'Edma par un peintre à la
mode, cabarets, robes décolletées, cognac, champagne et antiquaires. À ce rythme, Edma s'éloigne bientôt de Perfecto : « Je ne trouverai le repos, dit-il, que le jour où j'aurai possédé toutes
les femmes que réclame, du fond de mon être, chacune de mes races.»
Errances surréalistes
La route sera longue... Dans un cabaret, un consommateur ivre s'est épanché sur la table : « Perfecto s'approcha de lui et le baptisa au champagne, donnant à ce moderne anabaptisme un caractère beaucoup plus élégant que l'ancien.» « J'ai camouflé le paradis » annonce-t-il à une femme d'influence avant de lui demander « Que pensez-vous du surréalisme ? » et de poursuivre « Pour moi, quand je lis les surréalistes, je crois me rappeler toutes les choses que j'ai dites sous l'effet d'une forte fièvre.» À partir du divorce prononcé à Rome, le lecteur suit fiévreusement Perfecto, de retour à Paris, à la recherche de l'Idéal féminin trouvé et aussitôt perdu à la sortie du bal des rayons X. Passée « une armada de femmes dénuées de fanatisme amoureux » voici qu'il rencontre une "fabrique de girls" : « Je vais vous confier un secret, dit le directeur. Il arrive souvent que ces filles fabriquées n'aient pas de seins ; en tout cas leurs cœurs sont petits comme ceux des cartes à jouer françaises...»
L'errance s'arrêtera-t-elle avant le roman ? Ayant rencontré celle qui avait « étudié la géographie en couleurs de son âme » il pourra, tel un pionnier de l'Aéropostale, s'envoler pour Buenos Aires « retrouver sa race aux sept couleurs.» On l'aura compris, cette littérature n'est pas supportable pour les inconditionnels du réalisme social et de l'autofiction. Dans les miroirs du récit de Gomez de la Serna, s'égarent des reflets surréalistes et des éclats colorés du futurisme.
Ramon Gomez de la Serna
Polycéphale et Madame
Traduit par Carmen Abreu
André Dimanche 1992, et Livre de Poche Biblio, 192 pages.
— Le portrait de R. Gomez de la Serna a été peint par Diego Rivera —
Publiées en 1845, ces mémoires figurent parmi les plus célèbres récits d'esclaves. L'auteur est né en 1818 sur une plantation du Maryland, sous le nom de Frederick Ausgustus Washington Bailey. À l'âge de vingt ans il s'enfuit en Nouvelle-Angleterre, où il prit le nom de Douglass pour brouiller les pistes car son ancien propriétaire cherchait à le reprendre : il dut s'exiler à Londres et ses amis l'aidèrent à racheter sa liberté. Très vite il devint un brillant orateur abolitionniste et il édita des journaux à cette fin. Il fit après 1845 une carrière d'homme politique à Washington D.C. et fut ambassadeur à Haïti.
Dans ces mémoires, l'auteur décrit la dure vie des esclaves dans les plantations du Maryland et chez des particuliers à
Baltimore. Séparé de sa mère à l'âge d'un an, il connut cependant plusieurs membres de sa famille. Il donne assez peu de détails sur les plantations où il vécut, près de la Baie de Chesapeake,
mais beaucoup plus sur les punitions sévères et inhumaines infligées par les fouets des esclavagistes. Le sadisme de certains maîtres fit partie du quotidien des filles esclaves, et lui-même
subit certaines cruautés notamment lors qu'il fut loué à un "briseur de nègres" appelé Edward Covey. Il dénonce vigoureusement l'acceptation de l'esclavage par plusieurs pasteurs méthodistes. À
la mort d'un certain planteur, le partage des biens —bestiaux et nègres réunis— l'amena à Baltimore où il travailla sur des chantiers navals comme calfat avant de s'enfuir. À Baltimore il avait
rencontré des Noirs libres, comme Anna Murray qui le rejoignit à New York et devint sa femme. L'auteur ne décrit pas les détails de son évasion pour protéger ceux qui l'avaient aidé.
Frederick Douglass
Mémoires d'un esclave
Traduit de l'anglais par N.Baillargeon et C. Santere
Lux Éditeur, Montréal, 2007, 204 pages.
Utile chronologie en annexe.
Si on commençait par la fin ? C'est un truc jamais vu : le traducteur remercie un armurier de l'avoir aidé à décrypter le vocabulaire des armes à feu ! Alors si vous êtes réfractaire aux collections de pétoires, à la gloire des différents calibres et hostiles à la NRA, alors passez votre chemin… Qu'on ne s'attende pas à trouver dans ce récit endiablé, malgré les fortes descriptions du désert coloré et minéral au début, un roman sur l'Ouest sauvage genre Jack London ou Jim Harrisson. Ici la "wilderness" est entrée dans la nature humaine.
Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme ! Ça c'est sûr. Tout fiche le camp... Voilà donc un polar à thèse. La morale des Anciens a pourri sur place sous l'effet de la marchandise introduite par les cartels mexicains. Ça allait bien mieux avant, quand Bell et sa femme Loretta étaient jeunes pas encore installés par ici. Ou du temps des valeureux pionniers. Quand il y avait seulement des vols de bétail — car on est au Texas — au temps des vrais westerns et des cowboys croyant en leur Colt et craignant Dieu. Avant que les règlements de comptes entre trafiquants de drogue ne sèment la mort au nord du Rio Bravo et n'ouvrent le règne du Malin ou de Mammon.
Ici le Diable a forme humaine et s'appelle Anton Chigurh, muni de son pistolet d'abattoir et de sa bonbonne d'air comprimé. Déjà on ne sait pas ce qui donne le plus de frissons, son nom ou ses armes. Me croirez-vous, il n'est pas le seul à s'y connaître question quincaillerie, pistolet-mitrailleur ou fusil à pompe : il y a aussi Llewelyn Moss, le soudeur, qui vit dans un "mobile home", et qui découvre le Grand Massacre, scène primitive du récit, et la valise bourrée de dollars — et aussi d'un module électronique — et c'est le signal que la chasse à l'homme est ouverte. Il y a enfin le shérif Bell et ses hommes et leurs jolies voitures décorées face aux engins des méchants, tels que 4x4, camionnettes et autres pick-up à gros pneus et gros turbo pour consommer plus et laisser plus de gomme sur les routes.
Et de la route, y en a ! Un vrai roman géographique ! Pour suivre les "héros", munissez-vous de préférence du "Road Atlas" édité par Rand Mc Nally et ouvrez page 99 : tout y est. La rivière Pecos, affluent du Rio Grande, les comtés à coyotes et cactus près du Mexique, les petites villes sans autre pittoresque que leurs noms : Sanderson, Fort Stockton, Odessa, Del Rio, Eagle Pass et les ponts à péage pour aller dans les villes-jumelles : Ciudad Acuña, Piedras Negras, etc. Partout des motels. Essentiels les motels ! On n'est pas dans le vieux continent avec les consignes de gare : ici c'est aux conduits d'air conditionné qu'on peut confier ses affaires. Ou du moins essayer. De toute façon, aucune serrure ne résiste à Chigurh ; ne l'appelez pas si vous avez perdu vos clefs : il casse tout...
Le style, parfois, ne casse rien. En dehors des descriptions remarquables parce que très précises (paysage, action), deux écritures en fait cohabitent ; l'une se reconnaît à la conversation sans tirets, sans indication des personnages — petites phrases courtes pour échanges rapides. L'autre, en italique, plonge dans la tête du shérif qui se penche sur son passé, ses collègues, sa famille, sur ce meurtrier infernal que personne ne coince, discours rapporté qui déborde de "dit-elle", "dit-il", etc. Dès le début, on trouve ça plutôt intéressant, captivant, haletant même. On risque pourtant de se lasser avant la fin.
Certains appellent ça : "le grand roman américain". Je serais un peu plus réservé, néanmoins j'ai préféré ce roman à bien d'autres venus de l'Ouest, même de James Ellroy. Cormac McCarthy a fait le portrait d'une société gorgée de violence : l'autodestruction de l'empire américain est en marche. Prochaine étape : « La Route » ?
Cormac McCARTHY
No Country For Old Men
Traduit de l'anglais par François Hirsch
Editions de l'Olivier, 2006, (Points 2008), 300 pages.
Livre unique d'Harper Lee, couronné du prix Pulitzer en 1961, « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » est un roman très enraciné dans le Sud, et précisément le Sud de l'Alabama. Si tirer sur le "mockingbird" est un péché, le lecteur va comprendre qu'il se commet beaucoup de péchés dans ce comté de Maycomb — en réalité Monroeville — où l'auteure est née en 1926.
Inspiré par un fait divers de 1931, le récit est fondé sur une affaire judiciaire qui se dévoile très progressivement vers le milieu du roman. Un Noir, Tom Robinson, accusé de viol sur la personne de Mayella, une Blanche un peu simplette de 19 ans, fille d'un marginal violent, Bob Ewell — bref un mauvais sujet. Le procès va montrer qu'il n'y a pas eu viol. La prétendue victime et son père, peu instruits, sont déstabilisés lors des interrogatoires. Mais le jury composé de braves ruraux bien racistes estime néanmoins devoir condamner Tom à la peine capitale. Avant le procès en appel, celui-ci tente de s'évader alors que Bob Ewell en veut toujours à tout le monde — y compris à la famille de l'avocat de la défense.
Quel rapport, direz-vous, entre cette affaire et la narratrice ? C'est tout simple. Scout la narratrice, âgée de 8 à 10 ans dans le livre, un vrai garçon manqué, et son frère Jem de quatre ans son aîné, sont les enfants d'Atticus Finch, un avocat veuf, renommé et humaniste, par ailleurs élu à la Chambre des représentants de l'Alabama. Or, cet avocat a été commis d'office pour la défense de Tom Robinson, un pauvre type, mais un homme honnête selon Calpurnia, la bonne noire au service de la famille Finch. Scout et Jem découvrent ainsi les dessous de la société sudiste, encore marquée par le coton et l'esclavage et où les femmes n'ont pas le droit d'être juré.
En même temps, la jeunesse de la narratrice en salopette fait de «Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur» un attachant récit d'enfance, par lequel on est charmé dès les premières pages. Dès le début le mystère se tisse autour d'un mystérieux voisin, Arthur Ridley, dit Boo. Le jeu des enfants Finch va être de faire sortir Boo de chez lui. Ils n'y parviendront pas facilement ! Et quand il sortira, ce sera pour tirer Scout d'un bien mauvais pas. Enfin, sinon surtout, le récit est souvent drôle et même jubilatoire avant de verser dans le drame. Une sacrée gamine cette Scout !
Harper LEE
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur
De Fallois, 2005 (Livre de Poche), 445 pages
PPPPP